Malheur à celui qui proclame que la beauté n'existe plus, car son art sera aussitôt changé en pierre. Or voici qu'une école littéraire, ou un "groupe défini et constitué d'écrivains qui travailleraient dans le même sens", selon l'expression d'Alain Robbe-Grillet en son temps (Pour un nouveau roman, 1961), décrète à la face de son temps la fin de la beauté. (À suivre)
Michel Guénaire in Le Monde du 04/02/99.
samedi 6 avril 2024
Beauté (169)
mardi 13 février 2024
Beauté (136)
[Suite du 135] - J'avais certainement un appétit de beauté qui n'était pas vraiment sensuel mais plutôt magique. J'eusse voulu manger la beauté et me l'incorporer, j'imagine qu'en une certaine façon je souffrais par rapport à toutes les jolies personnes d'un complexe d'identification, et c'est ce qui explique que j'ai toujours choisi pour amis des hommes beaux ou que je jugeais tels. (À suivre)
Sartre, ib.
lundi 12 février 2024
Beauté (135)
Je ne sais si, un temps, je n'ai recherché la compagnie des femmes pour me décharger du poids de ma laideur. En les regardant, en leur parlant, en m'appliquant à faire naître sur leurs visages un air animé et heureux, je me perdais en elles et m'oubliais. Il doit y avoir de cela car à la même époque (de 20 à 25 ans environ), dès que je me trouvais en couple avec une femme laide ou disgracieuse, je sentais très vivement et avec cynisme le couple que nous formions. Je ne le sauvais pas, au contraire, et l'ensemble était aussi laid que les parties. Je nous haïssais alors sans merci. Au contraire il me semblait - bien à tort - qu'un entourage de belles personnes me sauvait, qu'en cette combinaison que nous formions alors, l'élément dominant était la beauté. Si je peux exprimer ce que je ressentais alors, je dirai, je crois, que je n'eusse pas voulu le moins du monde changer de visage, mais j'eusse souhaité que la beauté, comme une grâce efficace, s'étendît précisément sur ce visage-là. (À suivre)
Sartre, Carnets de la Drôle de guerre, p. 342-343.