Pendant le Blitz, dès que retentissaient les sirènes de l'alerte au bombardement, il arrivait à Churchill, au lieu de descendre aux abris, de grimper à toute allure sur le toit du ministère où il se trouvait. Il tenait à compter lui-même le nombre d'avions à l'attaque et à s'assurer que la DCA britannique faisait correctement son travail. À son entourage, effondré à l'idée qu'un homme si essentiel à son pays prît un tel risque, il aimait opposer une citation magnifique (et sans doute inventée) qu'il attribuait à Poincaré, le président français de la Première Guerre*: "Je me réfugie sous l'arche impénétrable de la probabilité." Excentricité, élégance et courage. La signature d'un homme d'État incomparable.
François Reynaert, in L'Obs 2919 du 08/10/2020.
*Plutôt que du président Raymond, ne s'agirait-il pas, plus logiquement, de son cousin, le mathématicien Henri qui, entre autres sujets, travailla sur le problème des probabilités?