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mercredi 26 octobre 2022

RMN (Cristian Mungiu)

 Matthias, le premier personnage de ce film nous irrite et nous émeut. Il nous irrite par son machisme aveugle, son indécision, sa conscience médiocre; il nous émeut par sa souffrance, sa difficulté à aimer, son exclusion. On est toujours l'étranger d'un autre: racisme et xénophobie sont couvés au même nid. Le moindre plouc, et pas seulement roumain, s'estime d'une essence supérieure au plus rare artiste ou au plus fin ouvrier venu d'ailleurs. S'il est métèque (les Hongrois, comme les allemands, sont "métèques" en Roumanie, moins que les Gitans, mais quand même) il s'en prend au "barbare" qui ne pratique ni sa langue ni sa religion (et même s'il pratique sa religion, comme l'un des Sri-Lankais immigrés du film, qui est catholique). L'a priori haineux s'explique en partie par la précarité économique, mais aussi par une autre misère, bien plus profonde, qui est morale et intellectuelle: l'étroitesse des cœurs va de pair avec celle des esprits.
Si ce film inenchanté, comme tourné à travers la lente scura (la lentille sombre) nous dérange tant, c'est parce qu'il nous montre peu de lumière (les personnages paradoxalement les plus lumineux de cette histoire sont les employés sri-lankais!). Mungiu désespère de notre humanité. Une humanité gérée par la bonne conscience des salauds. Matthias n'est pas le pire, peut-être n'est-il qu'un ours* que sa mère aurait oublié de lécher? Au moins il ne met pas - comme les excité(e)s du village - cette bonne conscience au service de sa mauvaise foi. Il n'a pas d'opinion sur l'autre (ce que lui reproche celle qui voudrait l'aimer), pas plus d'ancrage dans le bien que d'enlisement dans le mal. Sans doute les salauds, ces graines de KKK, ont-ils l'excuse d'une angoisse irrationnelle de submersion, mais c'est une bêtise à mettre à leur débit.
"Un homme, ça s'empêche", disait le père de Camus.
*Comment interpréter le surgissement fantasmatique des ours à la fin du film? La symbolique est contradictoire: du côté de Satan dans la Bible, l'ours est, dans la plupart des traditions le guerrier protecteur, le yang opposé au yin ophidien. Matthias est tiraillé par cette ambivalence. Et, tiraillé, il tire...
P.-S. L'air qui revient en leitmotiv - et que joue la jeune femme en quête d'amour - apparaît en contrepoint du film comme un ironique chagrin, un infini regret: c'est celui d'In the mood for love...