Les situationnistes voulaient "dépasser" l'art vers "une construction libre de la vie". Le problème est qu'on ne peut dépasser que ce qui a été réalisé et que, par essence, on ne peut réaliser l'art, du fait de son perpétuel mouvement spiraloïde allant du pire au pire, même s'il est parfois mis en cause par d'intenses moments de rupture révolutionnaire qui escamotent fugitivement son désolant statut sociétal de catégorie séparée de la vie. En agissant ainsi, les situationnistes ne faisaient que supprimer le problème en supprimant le signe, alors que les surréalistes s'en prenaient au sens même du signe, soit pour le valoriser en l'arrachant aux griffes de la société marchande (l'art libre, l'art primitif, l'art brut, l'art populaire, l'art des fous), soit pour le détruire sans pitié pour ce qu'il signifiait, justement (l'art officiel, l'art engagé, l'art religieux, l'art propagande, l'art marketing, l'art décervelage...).
Alain Joubert, in Le tango situationniste (Quinz. litt. 861 du 16/09/03).