L'emploi de trop nombreux adjectifs n'est pas bien venu. Pourquoi? Mystère! La lettre originale de Mme de Sévigné [sur le printemps], avec son déferlement initial d'épithètes et d'attributs, ne plairait pas du tout à un instituteur du "bon vieux temps", si elle était due à l'un de ses élèves. Ce bannissement de l' "adjectivite" est-il innocent? Voire...
Car, en effet, qui a le droit de qualifier, d'user de l'adjectif? Le juge, évidemment, celui qui nomme la faute, qui qualifie le délit, qui parle de "vol qualifié" en s'appuyant sur la loi. L'instituteur, le puriste, représentent la loi. Lui seul a le droit de qualifier. Ce droit n'est pas pour le potache, pour l'élève: le sujet n'est pas l'objet et tout peut servir à exprimer la domination. L'adjectif devient alors le signe d'une grande liberté qu'il faut amoindrir...
Olivier de Rudder, Le français qui se cause (Balland, 1986).
samedi 6 août 2022
Adjectif (3)
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