Pendant cette période de profond épuisement, tout devint clair: c'était l'âme qui se coltinait le corps. L'automatisme des mouvements, les réflexes conditionnés, leur corrélation normale avec les impulsions mentales, tout cela avait disparu. Il apparut ainsi que la station verticale n'était pas inhérente au corps humain: il fallait que la volonté consciente contrôlât ce corps, car autrement il dégringolait comme du haut d'une falaise. La volonté devait le soulever, l'asseoir, le déplacer. Certains jours, il devenait extrêmement difficile de gravir un escalier, et même de marcher en terrain plat. La volonté devait désormais s'occuper de choses qui, depuis la naissance, semblaient aller de soi.
Lidiya Ginzburg, Journal du siège de Leningrad, éd. Christian Bourgois, p. 28.
lundi 27 novembre 2023
L'âme et le corps (29)
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