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dimanche 23 mars 2025

Figures (3248)

 [Suite du 3247 et fin] - Ici, pas de pleurs, pas d'émotion, pas de tressaillements métaphysiques; mais pas non plus de complicité avec les grands thèmes qui continuent généralement à retenir l'intérêt philosophique: aucun souci de transcendance de l'âme ou de l'esprit, aucun intérêt pour un sens de l'histoire ou une rationalité du devenir (que les modernes néo-hégéliens prétendent exhiber au nom de Nietzsche, de Marx ou de Freud), aucun respect à l'égard de valeurs quelconques, d'ordre esthétique ou moral.
Clément Rosset, à propos de Différence et répétition, de Gilles Deleuze, in Faits divers, p. 217.

jeudi 20 mars 2025

Figures (3245)

 La syllabe (ou séquence graphique) "euze" éveille en moi la vision d'un bleu très clair, presque absent, fluide, aquatique ou vitré, tirant sur le gris: un bleu de lessiveuse. Le titre que Claude Jæglé donne à son essai, Portrait oratoire de Gilles Deleuze aux yeux jaunes est donc aussi incongru que provocateur. Mais "Gilles" évoque quelque chose de jaune (le "i"), de félin, de riboulant, de conglobant, alors...

mardi 18 mars 2025

Figures (3243)

 Deleuze est un tigre et Foucault une volée de singes dans le livre de Claude Jaeglé intitulé Portrait oratoire de Gilles Deleuze aux yeux jaunes: "Comparant la gestuelle féline de Deleuze à la présence proliférante de Michel Foucault, lequel se démultiplie jusqu'à se métamorphoser en "hydre oratoire" (voire même à lui tout seul une "bande incontrôlable de chimpanzés jubilateurs, érudits et pugnaces"), l'auteur tente de cerner le dispositif et la "donne perceptive" de la prise de parole deleuzienne".
Jean Birnbaum, Un cri philosophique, in Le Monde des Livres du 04/11/05.

lundi 17 mars 2025

Figures (3242)

 La philosophie, avec toute sa méthode et sa bonne volonté, n'est rien face aux pressions secrètes de l'œuvre d'art.
Gilles Deleuze, Proust et les signes.

mercredi 27 avril 2022

Autogestion (10)

 (Suite du 9)  - Comme l'ont écrit Deleuze et Guattari: "La société française a montré une radicale impuissance à opérer une reconversion subjective au niveau collectif, telle que l'exigeait 68." Les idées autogestionnaires ont émergé dans la société des Trente Glorieuses finissantes, elles étaient paradoxalement prématurées, trop avancées par rapport à l'état du capitalisme et de la société. (A suivre)
P. Rosanvallon, in L'Obs 2809 du 06/05/18.

mercredi 14 avril 2021

Art (238)

 La philosophie, avec toute sa méthode et sa bonne volonté, n'est rien face aux pressions secrètes de l'œuvre d'art.
Gilles Deleuze, Proust et les signes.

lundi 12 avril 2021

Art (236)

L'art crée par constitution d'agrégats sensibles (sonores, picturaux, etc). Le philosophe, par fabrication de concepts: il ne découvre pas des notions qui préexisteraient dans l'attente de leur dévoilement, il doit les façonner de ses propres mains, tel un menuisier, il doit les polir et les travailler.
Didier Eribon, parlant de Cinéma 2. L'image-temps, de Gilles Deleuze.

vendredi 15 mai 2020

Arbres (9)

Sommes-nous "fatigués de l'arbre", comme disait Deleuze, de sa verticalité, de sa hauteur, du sens unique de sa prolifération? Certes, au figuré, on peut préférer, comme lui, la richesse et la multiplicité du "rhizome". Mais des rhizomes d'où ne naîtrait jamais aucun arbre finiraient par être bien ennuyeux. De plus, ils occuperaient tout l'espace horizontal, alors que l'arbre s'élève d'un modeste coin de gazon et nous laisse tout le pré pour nous ébattre, en nous offrant son ombre de surcroît.

dimanche 11 mars 2018

La rose et la flèche (Richard Lester, 1976)

Nous préférons certaines œuvres, non en raison de leur valeur absolue, mais en raison de leur résonance en nous.
Si j'aime tant Marianne de ma jeunesse (Duvivier) c'est parce que je l'ai vu pour la première fois à 18 ans dans un climat émotionnel particulier. Mais il y a aussi des constantes dans notre idiosyncrasie, notre "patois" (Deleuze) intérieur. Notre chemin vers la trilogie du beau, du juste et du vrai (du "bon" pour nous) est unique.
Pourquoi La rose et la flèche est-il un film que j'ai longtemps cherché (et manqué) puis vu et aimé sans condition? Ce n'est pas à mes yeux qu'un "joli film". C'est une œuvre d'une généreuse mélancolie : lumière dans l'ombre. Mélancolique : son héros se croit redevable à lui-même, il doit accomplir sa mission lointaine et invétérée. Le monde qui change l'angoisse, il voudrait arrêter le temps et se dire, au sein de son amour : ce jour est le plus beau. Nous pouvons mourir.
 Le dedans du dedans qu'on appelle la mélancolie va de pair avec le dehors du dedans qui est la nostalgie : le désir de retour du nostalgique fait broncher la résignation du mélancolique.
La rose et la flèche est ainsi une méditation nostalgique sur le sens de la vie, l'amour, la vieillesse, la mort. Sans sérieux, sans dérision, mais avec une gravité qui démystifie sans démythifier. La geste n'y est pas sacrifiée mais incarnée. Le réalisateur donne à son personnage le poids de toute une vie, la chair et l'os d'un héros qui a quitté le carton-pâte des décors bondissants non pour renoncer à l'héroïsme mais pour vivre son aventure dans toute son épaisseur - à la manière humaine et ô combien plus héroïque Robin des Bois vieilli semble atteindre tout juste l'âge d'homme; il se sent devenu responsable de sa légende et responsable de son amour. Il va aimer et lutter "comme un vieux, comme un lourd", aurait dit Queneau, mais si bellement, si sincèrement, si définitivement... La flèche qu'il tire vers le ciel démode à jamais celle de Cupidon.
Ce film est une merveille. Comme un matin qui paradoxalement naîtrait du crépuscule, l'amour ayant effacé la nuit.