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samedi 2 avril 2022

Accomplissement (3)

 Tous les hommes ne se démènent-ils, ne se torturent et ne s'échinent-ils pas pour donner forme extérieure à la mélodie singulière que chacun porte au profond de son âme...?
Eichendorff

samedi 19 mai 2018

les mots à l'oreille (115)

Le mot idiosyncrasie fait partie des "mots pas beaux que j'aime bien", parce qu'il parle en même temps qu'il dit. Il désigne l'unique (et l'unicité de l'individu) et le pluriel à la fois, le pur et le mélangé. La complexité et la lourdeur du mot évoquent parfaitement la difficulté à définir un être, nonobstant le caractère original de son tempérament. La confusion sémantique du radical ne contribue pas peu à flouter cette originalité.

mardi 10 avril 2018

dimanche 11 mars 2018

La rose et la flèche (Richard Lester, 1976)

Nous préférons certaines œuvres, non en raison de leur valeur absolue, mais en raison de leur résonance en nous.
Si j'aime tant Marianne de ma jeunesse (Duvivier) c'est parce que je l'ai vu pour la première fois à 18 ans dans un climat émotionnel particulier. Mais il y a aussi des constantes dans notre idiosyncrasie, notre "patois" (Deleuze) intérieur. Notre chemin vers la trilogie du beau, du juste et du vrai (du "bon" pour nous) est unique.
Pourquoi La rose et la flèche est-il un film que j'ai longtemps cherché (et manqué) puis vu et aimé sans condition? Ce n'est pas à mes yeux qu'un "joli film". C'est une œuvre d'une généreuse mélancolie : lumière dans l'ombre. Mélancolique : son héros se croit redevable à lui-même, il doit accomplir sa mission lointaine et invétérée. Le monde qui change l'angoisse, il voudrait arrêter le temps et se dire, au sein de son amour : ce jour est le plus beau. Nous pouvons mourir.
 Le dedans du dedans qu'on appelle la mélancolie va de pair avec le dehors du dedans qui est la nostalgie : le désir de retour du nostalgique fait broncher la résignation du mélancolique.
La rose et la flèche est ainsi une méditation nostalgique sur le sens de la vie, l'amour, la vieillesse, la mort. Sans sérieux, sans dérision, mais avec une gravité qui démystifie sans démythifier. La geste n'y est pas sacrifiée mais incarnée. Le réalisateur donne à son personnage le poids de toute une vie, la chair et l'os d'un héros qui a quitté le carton-pâte des décors bondissants non pour renoncer à l'héroïsme mais pour vivre son aventure dans toute son épaisseur - à la manière humaine et ô combien plus héroïque Robin des Bois vieilli semble atteindre tout juste l'âge d'homme; il se sent devenu responsable de sa légende et responsable de son amour. Il va aimer et lutter "comme un vieux, comme un lourd", aurait dit Queneau, mais si bellement, si sincèrement, si définitivement... La flèche qu'il tire vers le ciel démode à jamais celle de Cupidon.
Ce film est une merveille. Comme un matin qui paradoxalement naîtrait du crépuscule, l'amour ayant effacé la nuit.

vendredi 26 mai 2017

Estacadres (67)

Chacun suit son nez. (Certains le chaperonnent, comme Bernard Menez, qui dit être obsédé par son excentricité : "Je suis devenu acteur pour l'accompagner.")