[Suite du 27 et fin] - S'ils le pouvaient, les Nord-Américains s'enfermeraient dans leur pays, et tourneraient le dos au monde, sauf pour commercer avec lui et pour le visiter. L'utopie nord-américaine - où abondent, comme dans toutes les utopies, des traits monstrueux - est un mélange de trois rêves: celui de l'ascète, celui du marchand et celui de l'explorateur. Trois individualistes. D'où la répugnance qu'ils manifestent quand ils doivent affronter le monde extérieur, leur incapacité à le comprendre et leur manque d'habileté pour le diriger. Ils constituent un empire entourés de nations qui sont leurs alliées et d'autres qui veulent les détruire, mais eux préféreraient demeurer seuls: le monde extérieur est le mal, l'histoire est perdition. Tout le contraire de la Russie, un autre pays religieux mais qui identifie la religion avec l'Église et trouve légitime de confondre l'idéologie et le Parti. Les Nord-Américains ont voulu et veulent toujours construire un monde qui leur soit propre, hors de ce monde; les Russes ont voulu et veulent toujours dominer le monde pour le convertir.
Octavio Paz, Futur: un cauchemar américain, in N.Obs 996 du 09/12/83.
vendredi 26 janvier 2024
Amérique (28)
jeudi 25 janvier 2024
Amérique (27)
L'origine de la démocratie nord-américaine est religieuse, elle se situe dans les communautés de dissidents protestants qui s'établirent dans le pays aux XVIe et XVIIe siècles. Les préoccupations religieuses se transformèrent ensuite en idées politiques teintées de républicanisme, de démocratie et d'individualisme, mais la tonalité initiale n'a jamais disparu de la conscience publique. Religion, morale et politique sont inséparables aux États-Unis. Voilà la grande différence entre le libéralisme européen, presque toujours laïque et anticlérical, et celui des Nord-Américains. Chez eux, les idées démocratiques ont un fondement religieux, parfois implicite, le plus souvent explicite. (À suivre)
Octavio Paz, Futur, un cauchemar américain, in N.Obs. 996 du 09/12/83.
dimanche 13 décembre 2020
Figures (1143)
Borges a honoré deux divinités contraires: la simplicité et l'étrangeté. Il les a fait s'unir fréquemment et le résultat est inoubliable: le naturel insolite et l'étrange familier.
Octavio Paz, in Le Monde du14/11/86.