Le grand art moderne est toujours ironique, de même que l'art antique était religieux. De même que le sentiment du sacré enracinait les images par-delà le monde de la réalité, leur donnant des arrière-plans et des antécédents pleins de signification, l'ironie découvre sous et dans les images un vaste champ de jeu intellectuel, une vibrante atmosphère d'habitudes imaginaires et ratiocinantes qui fait des choses représentées autant de symboles d'une réalité plus significative. Pour ironiser, il n'est pas nécessaire de plaisanter (de même que pour consacrer il n'était pas nécessaire de liturgiser), il suffit de construire les images selon une norme qui les dépasse ou les domine.
Cela se voit dans l'attaque initiale de toutes choses réussies: tu débutes par un discours plus vaste que la fable qui va suivre, tu aperçois cette fable avec nonchalance, comme si ton intérêt embrassait un horizon plus large que ne l'est la portée des faits. Conserver ce pivot et disposer tout le récit, dès le premier mot et dès les premières virgules, de façon qu'il n'y ait rien de superflu en ce qui concerne le jeu matériel des faits, tel est ton but. Il ne s'agit pas de se livrer à une digression, mais de projeter une réalité nette sur un énorme écran imaginaire.
Cesare Pavese, Le métier de vivre, II.
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mercredi 17 mars 2021
Art (217)
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