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dimanche 5 octobre 2025

Figures (3406)

 En 1849, âgé de 28 ans, Dostoïevski a été arrêté pour avoir participé à un complot terroriste, et condamné à mort. Il a été conduit, avec les autres conjurés, sur les lieux de son exécution. On les a cagoulés, attachés aux poteaux tandis que le peloton chargeait les fusils. Juste avant qu'on ordonne de tirer, un émissaire du tsar est arrivé et leur a signifié leur grâce. Grâce relative: Dostoïevski a fait quatre ans de bagne en Silésie, d'où il reviendra Dostoïevski, l'homme qui décrira plus tard dans Les démons, le grouillement de cancrelats hallucinés qu'est une cellule terroriste. Le détail sublime, celui que ne se lassent pas de rapporter les biographes, c'est que, hasard ou pur sadisme, l'émissaire chargé de lire la lettre de grâce était un général bègue.

samedi 20 septembre 2025

Figures (3392)

 Le bagne lui a été une sorte de révélation. [...]
L'homme, tout d'un coup, n'avait plus de dimensions.
A. Siniavski, à propos de Dostoïevski.

samedi 28 janvier 2023

Bagne (17)

 [Suite du 16 et fin] - C'est la réalité la plus extraordinaire, et aussi la plus émouvante, que l'on découvre dans la reconstitution de ces instants anciens. Le rire des forçats transforme ce carnaval macabre, cette ignoble parade de la vertu triomphant du vice en une sauvegarde de l'humaine dignité. Leur résistance ne fut certes pas grand-chose, mais elle demeure, à sa manière, héroïque et superbe. Qu'on honore, un instant, la mémoire anonyme de ces rebelles disparus.
Roger-Pol Droit, à propos de La chaîne des forçats (1792-1836), de Sylvain Rappaport, in Le Monde du 27/01/06.

vendredi 27 janvier 2023

Bagne (16)

 [Suite du 15] Au lieu de s'avouer brisés, ces héros obscurs résistent. Ils inversent le spectacle, montrent que les humiliations sont peine perdue. Aux injures des prétendus braves gens, ils répondent par des obscénités, des provocations, des quolibets de toutes sortes. Sur la place publique, certains d'entre eux s'emparent d'un maillon de chaîne pour imiter un lorgnon, et contemplent la foule en parodiant le bourgeois. D'autres clament leur joie d'être là, ou leur mépris, ou leur détermination. Beaucoup dansent comme si les fers ne pesaient rien, se travestissent avec ce qu'ils peuvent, entonnent des chants hardis.  (A suivre)
Id, ib.

mercredi 25 janvier 2023

mardi 24 janvier 2023

Bagne (13)

 [Suite du 12] - Qu'on imagine ce cortège à la puanteur terrible traversant les campagnes dans un bruit de ferrailles assourdissant...
On comprendra que certains se terrent à son passage. D'autres viennent injurier cette engeance, vilipender les criminels - voleurs, violeurs, brigands, assassins, faussaires, âmes damnées, hommes perdus. A côté des cris volent des crachats et des objets. (A suivre)
Id, ib.

dimanche 22 janvier 2023

Bagne (11)

 [Suite du 10: "Car il s'agit,aussi, d'un spectacle."] - Dans la cruauté sordide et tatillonne qui expose les condamnés sur chaque place publique, la volonté d'édifier le peuple est centrale. On pouvait croire qu'était révolu, dans les années 1800, "le temps des supplices"*. On pouvait penser que s'était entièrement mis en place l'univers carcéral moderne dont Michel Foucault, dans Surveiller et punir, a éclairé la naissance. On découvre avec ce livre**, que la chaîne des forçats fut la dernière grande mise en scène du châtiment corporel. (A suivre)
* Robert Muchembled, Le temps des supplices. De l'obéissance sous les rois absolus. XVe-XVIIIe siècle (1992). (Pocket-Agora, n° 267).
** Sylvain Rappaport, La chaîne des forçats, 1792-1836.

samedi 21 janvier 2023

vendredi 20 janvier 2023

Bagne (9)

[Suite du 8] - Sylvain Rappaport scrute dans les moindres détails ces quatre décennies d'administration minutieuse. On saura tout en lisant cette enquête: recrutement des "argousins" - les gardes chargés de surveiller le convoi -, rôle du serrurier et du chirurgien accompagnateurs, fournitures de pain, de foin, de toile ou d'abri aux étapes, ressources qu'en tire le commerce local, profit des entreprises chargées par l'état d'organiser ce périple spectaculaire. (A suivre)
Id, ib.

jeudi 19 janvier 2023

Bagne (8)

 [Suite du 8] - L'institution allait même se développer. Les galères abolies, de nouveaux bagnes s'ouvrent. La "chaîne" continua donc de plus belle, sous l'Empire et la Restauration, pour ne s'éteindre, avec l'arrivée des fourgons cellulaires, qu'en 1836.   (A suivre)
Id, ib.

mercredi 18 janvier 2023

Bagne (7)

 [Suite du 6] - Comment assurer le transport des condamnés jusqu'à Marseille? La "chaîne" se révéla le moyen le plus spectaculaire, en même temps que le plus sûr et le plus économique. Assez vite on dut contrôler la longueur des étapes, les rations alimentaires, la dureté des gardiens, afin qu'il reste, à l'arrivée, des galériens corvéables plutôt qu'un ramassis d'exsangues et d'éclopés. Cette "horreur légale" de l'Ancien Régime, un instant abolie par la Révolution française, fut rétablie dés 1792. (A suivre)
Id, ib.

mardi 17 janvier 2023

Bagne (6)

 [Suite du 5] - L'organisation de cet extraordinaire châtiment est née sous Colbert. Pour actionner les 40 galères du roi, 10 000 rameurs étaient nécessaires.
Id, ib.

lundi 16 janvier 2023

Bagne (5)

 [Suite du 4] - Ceux qui ne peuvent plus marcher, s'ils ont survécu aux coups de gourdin, suivent en charrette. (A suivre)
Id, ib.

dimanche 15 janvier 2023

Bagne (4)

 [Suite du 3] Les fers pèsent une vingtaine de kilos, entravant la marche des hommes attachés deux par deux, reliés les uns aux autres par "cordon" de 26 ou de 30. Plusieurs cordons constituent "la chaîne": quelques centaines de forçats traversant le pays, sous les coups et les pluies, de village en village. (A suivre)
Id, ib.

samedi 14 janvier 2023

Bagne (3)

 Ils marchent cinq ou six semaines d'affilée. L'itinéraire le plus dur, de Rennes à la Méditerranée, s'étend sur 800 km. Dans les monts du Beaujolais, en particulier, il en meurt à chaque fois un bon nombre. (A suivre)
Roger-Pol Droit, parlant de La chaîne des forçats 1792-1836, de Sylvain Rappaport, in Le Monde du 27/01/06.

vendredi 13 janvier 2023

Bagne (2)

 Encore tout enfant, j'admirais le forçat intraitable sur qui se referme toujours le bagne; je visitais les auberges et les garnis qu'il avait sacrés par son séjour; je voyais avec son idée le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne; je flairais sa fatalité dans les villes. Il avait plus de force qu'un saint, plus de bon sens qu'un voyageur - et lui, lui seul! pour témoin de sa gloire et de sa raison.
Rimbaud, Une saison en enfer.

jeudi 12 janvier 2023