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samedi 28 janvier 2023

Bagne (17)

 [Suite du 16 et fin] - C'est la réalité la plus extraordinaire, et aussi la plus émouvante, que l'on découvre dans la reconstitution de ces instants anciens. Le rire des forçats transforme ce carnaval macabre, cette ignoble parade de la vertu triomphant du vice en une sauvegarde de l'humaine dignité. Leur résistance ne fut certes pas grand-chose, mais elle demeure, à sa manière, héroïque et superbe. Qu'on honore, un instant, la mémoire anonyme de ces rebelles disparus.
Roger-Pol Droit, à propos de La chaîne des forçats (1792-1836), de Sylvain Rappaport, in Le Monde du 27/01/06.

jeudi 26 janvier 2023

Bagne (15)

 [Suite du 14] - Mais les forçats rient. Oui, ils rient! Prêtres, juges, officiers, gens bien intentionnés attendent qu'ils avancent en silence, souffrent les yeux baissés, manifestent l'humilité des coupables, le mutisme douloureux de la repentance, l'accablement du remords. Eh bien, pas du tout ! (A suivre)
Id, ib.

lundi 23 janvier 2023

Bagne (12)

  [Suite du 11] -  Tout au long d'une tournée nationale ritualisée, le corps de ces hommes jugés infâmes est ferré, marqué, lié, exposé, mis à nu, fouillé. Durant tout le trajet, les forçats ne se lavent ni ne se changent, doivent se soulager en marchant, macèrent dans leurs excréments, sont soumis à des fouilles et vexations sans nombre.  (A suivre)
Id, ib.

 

dimanche 22 janvier 2023

Bagne (11)

 [Suite du 10: "Car il s'agit,aussi, d'un spectacle."] - Dans la cruauté sordide et tatillonne qui expose les condamnés sur chaque place publique, la volonté d'édifier le peuple est centrale. On pouvait croire qu'était révolu, dans les années 1800, "le temps des supplices"*. On pouvait penser que s'était entièrement mis en place l'univers carcéral moderne dont Michel Foucault, dans Surveiller et punir, a éclairé la naissance. On découvre avec ce livre**, que la chaîne des forçats fut la dernière grande mise en scène du châtiment corporel. (A suivre)
* Robert Muchembled, Le temps des supplices. De l'obéissance sous les rois absolus. XVe-XVIIIe siècle (1992). (Pocket-Agora, n° 267).
** Sylvain Rappaport, La chaîne des forçats, 1792-1836.

mercredi 18 janvier 2023

Bagne (7)

 [Suite du 6] - Comment assurer le transport des condamnés jusqu'à Marseille? La "chaîne" se révéla le moyen le plus spectaculaire, en même temps que le plus sûr et le plus économique. Assez vite on dut contrôler la longueur des étapes, les rations alimentaires, la dureté des gardiens, afin qu'il reste, à l'arrivée, des galériens corvéables plutôt qu'un ramassis d'exsangues et d'éclopés. Cette "horreur légale" de l'Ancien Régime, un instant abolie par la Révolution française, fut rétablie dés 1792. (A suivre)
Id, ib.

lundi 16 janvier 2023

Bagne (5)

 [Suite du 4] - Ceux qui ne peuvent plus marcher, s'ils ont survécu aux coups de gourdin, suivent en charrette. (A suivre)
Id, ib.

dimanche 15 janvier 2023

Bagne (4)

 [Suite du 3] Les fers pèsent une vingtaine de kilos, entravant la marche des hommes attachés deux par deux, reliés les uns aux autres par "cordon" de 26 ou de 30. Plusieurs cordons constituent "la chaîne": quelques centaines de forçats traversant le pays, sous les coups et les pluies, de village en village. (A suivre)
Id, ib.

samedi 14 janvier 2023

Bagne (3)

 Ils marchent cinq ou six semaines d'affilée. L'itinéraire le plus dur, de Rennes à la Méditerranée, s'étend sur 800 km. Dans les monts du Beaujolais, en particulier, il en meurt à chaque fois un bon nombre. (A suivre)
Roger-Pol Droit, parlant de La chaîne des forçats 1792-1836, de Sylvain Rappaport, in Le Monde du 27/01/06.