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samedi 6 janvier 2018

Les mots à l'oreille (1)

Changer de langue, c'est changer de façon d'être, sentir différemment. Je ne donnerai qu'un exemple : en français, la solitude est intime, on dirait même que les lèvres veulent dissimuler, en le prononçant, le mot qui la nomme; en espagnol, la soledad est immense, on est dans la solitude plus que l'on ne se sent seul. On peut être désespéré dans une langue et à peine triste dans une autre - j'exagère à peine.
Hector Bianciotti.
Cf sur mon blog "Mots-manie" (17).

mardi 12 mai 2009

Mots-manie (17)

Les mots ne disent pas les choses puisqu'il suffit de changer de mot ou de changer de langue, c'est-à-dire changer de signifiant, pour changer leur signification. En disant matinal, par exemple, je ne dis pas matutinal. Dans matinal on voit se lever le soleil et s'envoler l'alouette, dans matutinal on entend l'alouette chanter et les cloches sonner. Autre exemple: solitude et soledad. Solitude évoque le repli, la discrétion, la petite mort de l'oubli, alors que soledad sonne d'un éclat romantique et remplit le désert de son écho. Le français est sourd où l'espagnol est sonore. Le mot désir en français est comme une coupure, on en sent moins la déchirure que la "dessirure" ardente (désir rime avec azir ou asir -du latin "assum", brûlé). Dans l'anglais desire (dizaie) , au contraire, non seulement on sent cette déchirure permanente du désir, mais on l'entend, et le cri même de la douleur qui l'accompagne, et on en voit les "haillons" (cf la chanson du groupe U2). Donc les choses dites ou écrites n'existent que par l'arbitraire des mots. L'art et la réalité sont deux mondes, dont l'un est multiplié à l'infini.