"Nul texte ne met mieux en lumière les liens qui unissent l'amour au passé que Sylvie de Gérard de Nerval. Au début de ce récit, Nerval nous fait part de son amour pour une actrice, Aurélie. Sortant d'une représentation où il est allé pour la voir, il se rend dans un cercle et, feuilletant un journal, y trouve une rubrique : "Fête du bouquet provincial", qui éveille en lui le souvenir de sa province. Ce souvenir le hante toute la nuit. Il se voit à une fête de village avec son amie Sylvie. Mais ce jour-là vint Adrienne, la petite fille des châtelains. Comme l'actrice, elle chanta, et devant un public. Comme l'actrice, elle était lointaine, refusée, parée, illuminée par les rayons de la lune comme par les feux de la rampe. Gérard de Nerval évoque ces images : "A mesure qu'elle chantait, l'ombre descendait des grands arbres, et le clair de lune naissant tombait sur elle seule, isolée de notre cercle attentif." Et ce souvenir suffit à éclairer l'amour pour la cantatrice : "Tout m'était expliqué par ce souvenir à demi rêvé. Cet amour vague et sans espoir, conçu pour une femme de théâtre, qui, tous les soirs, me prend à l'heure du spectacle pour ne me quitter qu'à l'heure du sommeil, avait son germe dans le souvenir d'Adrienne, fleur de la nuit éclose à la pâle clarté de la lune, fantôme rose et blond glissant sur l'herbe verte à demi baignée de blanches vapeurs."
Dès lors Gérard de Nerval ne sait plus s'il aime Adrienne ou Aurélie. Sa passion oscille entre elles. Et comme si l'amour pour l'actrice, se sentant menacé par le souvenir d'Adrienne qui, le ramenant à sa source, risque de le détruire et de le dissiper, tentait, pour se sauver, d'identifier les deux images, Nerval se demande si Aurélie ne serait pas Adrienne. La passion est refus du temps : elle semble pressentir ici que la connaissance du temps sera sa perte. Elle affirme donc que le passé est présent encore, que l'actrice est la châtelaine. Mais la passion ne saurait triompher de la vérité. Gérard de Nerval amène Aurélie devant le château d'Adrienne, nulle émotion ne paraît en elle. Alors il lui raconte tout, lui dit "la source de cet amour entrevu dans les nuits, rêvé plus tard, réalisé en elle." Et Aurélie comprend, et fait comprendre à Gérard de Nerval, qu'il n'aime en elle que son passé. [...] Ici l'amour refuse le temps, affirme que le passé n'est pas mort, que l'absent est présent, il se trompe d'objet, se montre incapable de saisir les êtres dans leur actuelle particularité, dans leur essence individuelle. Il se souvient en croyant percevoir, il confond, il se berce de rêve, il forge la chimère de l'éternité."
Ferdinand Alquié, Le désir d'éternité.
lundi 31 juillet 2017
Faits et dits enfantins (441)
Marie (7 ans et demi) a enfin trouvé son moyen d'avaler les comprimés ( l'ingestion à l'aide de confiture n'a pas marché plus de deux jours) : elle les place au fond de sa gorge; ce qui lui provoque un spasme, suivi d'une déglutition mécanique. Sans eau!
Pourquoi Bastien (7 ans) ferme-t-il toujours les yeux lorsqu'il voit un couple esquisser une caresse ou un baiser? Parce que serait obscène en son esprit un spectacle qui lui rappellerait que ses parents sont sexués, et qu'il n'est donc pas un être pur mais le fruit d'une procréation, qu'il a donc une origine accidentelle et datée, qu'il est un corps et, par là-même destiné à mourir? Hypothèse...
Pourquoi Bastien (7 ans) ferme-t-il toujours les yeux lorsqu'il voit un couple esquisser une caresse ou un baiser? Parce que serait obscène en son esprit un spectacle qui lui rappellerait que ses parents sont sexués, et qu'il n'est donc pas un être pur mais le fruit d'une procréation, qu'il a donc une origine accidentelle et datée, qu'il est un corps et, par là-même destiné à mourir? Hypothèse...
dimanche 30 juillet 2017
Faits et dits enfantins (440)
Je ne note plus les livres que Marie (7 ans 1/2) lit. Plusieurs par semaine. Elle relit aussi.
Bastien (7 ans) , qui ne soigne pas toujours son écriture, me dit : "Mais les beaux mots, je les écris bien."
Il me demande si ça existe "un chien savant fou."
Bastien (7 ans) , qui ne soigne pas toujours son écriture, me dit : "Mais les beaux mots, je les écris bien."
Il me demande si ça existe "un chien savant fou."
Estacadres (128)
Le baron : "Prêtez-moi une de vos nonnes pour passer la nuit.
L'abbesse :"Monseigneur!...
Le baron : "Une maigre. C'est vendredi."
V. Hugo, Portefeuille, 1843-1851.
L'abbesse :"Monseigneur!...
Le baron : "Une maigre. C'est vendredi."
V. Hugo, Portefeuille, 1843-1851.
samedi 29 juillet 2017
Faits et dits enfantins (439)
Marie (7 ans 1/2) piquée par un moustique, au mois de novembre! Elle constate en soupirant : "Ces choses-là n'arrivent qu'à moi!"
Bastien (7 ans) me demande :"Ça veut dire quoi négeociant [sic] indou? " Ayant reçu l'explication, il répète plusieurs fois l'expression : "C'est drôle comme nom. Quand on dit pas les mêmes noms, on dirait qu'on dit pas les mêmes choses" En effet, l'image renvoyée par "négociant indou" n'est pas celle que renvoie "marchand de l'Inde".
Bastien (7 ans) me demande :"Ça veut dire quoi négeociant [sic] indou? " Ayant reçu l'explication, il répète plusieurs fois l'expression : "C'est drôle comme nom. Quand on dit pas les mêmes noms, on dirait qu'on dit pas les mêmes choses" En effet, l'image renvoyée par "négociant indou" n'est pas celle que renvoie "marchand de l'Inde".
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