[Suite du 304) - En tout cas, quoi qu'elle fît, je ne pouvais me défaire de l'idée qu'elle était foncièrement naïve, profondément pathétique et d'une inaltérable pureté. Je m'aperçus qu'il m'était bien entendu tout à fait impossible lui parler de mes sentiments. Je considérais comme établi qu'elle n'y répondrait jamais. Je savais que s'il m'arrivait un jour de lui dire: "Je suis amoureux de toi, Stella", elle n'accueillerait ces mots que par un éclat de rire, à moins qu'elle ne haussât les épaules avec une légère gêne. Sa destinée était de traverser ce monde en passant d'un Paolo à un autre; il y aurait un Pedro, puis un Pavel, ensuite un Anton suivi d'un Ahmed jusqu'à ce qu'elle ait parcouru d'une borne à l'autre toute l'étendue de sa terre d'exil. Et je ne pourrais jamais être pour elle, au long de cette marche triomphale, qu'une espèce de compagnon de jeu plein d'indulgence, un petit confident au sourire forcé. (À suivre)
F. Prokosch, Un chant d'amour.
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lundi 12 mai 2025
Amour (305)
samedi 2 février 2019
Estacadres (545)
Quelquefois, au milieu de la nuit, un rêve m'éveillait. Tordu par un spasme de désir, j'étreignais mon oreiller. Une ou deux fois même, des larmes se mirent à jaillir de mes yeux. Car je savais, malgré tout, que ce désir était totalement destructif, qu'il ne serait jamais assouvi, et que rien ne saurait jamais m'en délivrer.
Frédéric Prokosch, Mal d'amour, in Un chant d'amour (Babel, p. 255)
Frédéric Prokosch, Mal d'amour, in Un chant d'amour (Babel, p. 255)
jeudi 31 janvier 2019
Estacadres (543)
En tout cas, quoi qu'elle fît, je ne pouvait me défaire de l'idée qu'elle était foncièrement naïve, profondément pathétique et d'une inaltérable pureté. Je m'aperçus qu'il m'était bien entendu tout à fait impossible de lui parler de mes sentiments. Je considérais comme établi qu'elle n'y répondrait jamais. Je savais que s'il m'arrivait un jour de lui dire: "Je suis amoureux de toi, Stella", elle n'accueillerait ces mots que par un éclat de rire, à moins qu'elle ne haussât les épaules avec une légère gêne.
F. Prokosch, Mal d'amour, in Un chant d'amour (Babel, p.255).
F. Prokosch, Mal d'amour, in Un chant d'amour (Babel, p.255).
mardi 29 janvier 2019
Estacadres (541)
Mon esprit hésitait à donner un nom à ce vide torturant, mais mon instinct savait sans le moindre doute de quoi il s'agissait. Cela évoquait certaines odeurs - les capucines fraîchement cueillies, ou l'huile solaire chaude - et certaines couleurs - noir, bleu d'azur - et même, parfois, certains gestes - l'angle d'un long fume-cigarette ou l'inclinaison d'une tête au bout d'un cou de cygne.
Frédéric Prokosch, Mal d'amour, in Un chant d'amour (Babel, p.254).
Frédéric Prokosch, Mal d'amour, in Un chant d'amour (Babel, p.254).
lundi 28 janvier 2019
Estacadres (540)
Mais j'avais en même temps conscience d'un vide mal défini: une cuisante sensation d'absence en moi qui devenait par moments d'une telle acuité que j'en avais le cœur soulevé, comme si l'on m'enfonçait une aiguille au creux du ventre.
F. Prokosch, Un chant d'amour, Babel, p.254.
F. Prokosch, Un chant d'amour, Babel, p.254.
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