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mercredi 2 avril 2025

Blanche-Neige

 Plus que tout autre conte de fées, Blanche-Neige est l'expression parfaite de la nostalgie.
T.W. Adorno, Minima Moralia, p.116.

samedi 28 décembre 2024

Figures (3180)

 Lépine a prétendu que Debussy aurait été atteint de la maladie dite de Dupré. C'est une sorte de nostalgie endémique que rien n'apaise et qui incline le patient à des besoins de fuite vagues tout autant qu'à des réclusions farouches par quoi il se protège. Cet état s'accompagne souvent de craintes irraisonnées ou de superstitions...
L.-A. Marcel, article DEBUSSY de l'Encycl. Univ.

mercredi 2 octobre 2024

Bébés (4)

 La voiture d'enfant, c'est le Paradis perdu. L'unique période absolument heureuse de notre vie est celle que nous traversons en dormant. Il n'y a pas de bonheur là où existe le souvenir. Se souvenir signifie regretter le passé et notre nostalgie s'éveille avec notre conscience.
Klaus Mann, Le tournant.

vendredi 8 décembre 2023

Americana (1)

 Henry King est sans doute le meilleur spécialiste hollywoodien de l'americana, genre voué aux évocations nostalgiques, idylliques de l'Amérique rurale et des petites communautés urbaines. Ce genre est le plus souvent rassurant, "positif", parfois même lénifiant.
Jacques Lourcelles, Les films, coll. Bouquins, p.1591.

mercredi 13 septembre 2023

Figures (2774)

 Je vivais près des Carpates, jouant librement dans les champs et dans la montagne, sans obligations ni devoirs. Ce fut une enfance extraordinairement heureuse. Plus tard, en parlant avec les gens, je n'ai rien trouvé d'équivalent. J'aurais aimé ne jamais quitter ce village; je ne peux oublier le jour où mes parents m'ont fait prendre une voiture pour me conduire au lycée, en ville. Ce fut la fin de mon rêve, la ruine de mon monde.  
Cioran, Entretiens (Arcades, Gallimard, p.119).

jeudi 9 février 2023

L'allant et le retour (1)

 Le secondaire c'est celui dans la vie duquel le passé et le futur jouent un rôle essentiel au détriment du présent. Les secondaires ont toujours un pied dans leur passé avec ce que cela suppose d'archéologie, de recherche, de nostalgie, de remords, et l'autre dans l'avenir qui est angoissant, menaçant: la vieillesse, la mort, l'inconnu. La vie d'un secondaire est une chambre d'écho et un dédale de souterrains. Le type même du secondaire, en poésie, serait Baudelaire, en prose Proust.   (A suivre)
Michel Tournier, in Magaz. litt. n° 179, déc. 81.

mardi 15 novembre 2022

Figures (2629)

 Relire Le grand Meaulnes vers la fin de sa vie procure un plaisir nostalgique émoussé. La nostalgie d'une enfance rêveuse constitutive de ce que l'homme a de meilleur  (et de plus précaire) et le sentiment d'épointage  accompli par le réel, la consommation des ans. Mais ce sentiment de réalité destructrice est déjà dans le roman lui-même: la finitude du bonheur est vécue comme sa négation, alors que son rêve était infini.
Qu'est-ce qui est fantôme alors? L'adulte déshabité, ou l'enfant foudroyé d'un amour absolu dont le souvenir obsédant l'accompagne(ra) jusqu'à la fin?   88.37

mardi 20 septembre 2022

Figures (2562)

 [Suite du 2561] - Cet enchantement  n'était pas dans la nature seulement, ni dans la réalisation d'un désir, dans aucun but que l'on touche, dans rien de saisissable ni même de spirituel, mais il existait sûrement puisque je n'ai eu besoin que d'un peu de recul pour faire de cette contrée le pays du bonheur, où souvent j'ai envoyé un de mes personnages saluer en secret, dans la région de Vevey, la patrie d'une belle jeune fille. (A suivre)
Chardonne, L'amour... p. 10.

mercredi 3 août 2022

Avant-garde (3)

 Etre d'avant-garde, c'est savoir ce qui est mort; être d'arrière-garde, c'est l'aimer encore.
Barthes

samedi 14 mai 2022

Action et rêve (6)

 [Suite et fin du 5] -Dans un wagon, il y a la banquette avant et la banquette arrière; il y a des gens qui regardent le passé qui s'éloigne, les autres qui regardent le futur qui arrive; eh ben ce drame* marque la séparation. A ce moment-là, j'ai changé de banquette si vous voulez; de la banquette arrière, j'ai passé à la banquette avant.
Claudel, Mémoires improvisés.
*Connaissance de l'Est.

vendredi 13 mai 2022

Action et rêve (5)

 Toute ma vie, j'ai essayé de vivre en avant et de me dégager de cette mélancolie, de ce regret des choses passées en arrière qui ne mène à rien qu'à affaiblir le caractère et l'imagination. Alors ce poème de Connaissance de l'Est est très important à ce point de vue, parce qu'il marque l'adieu que je fais à ce sentiment de nostalgie qu'il y a chez Pierre Loti, chez Chateaubriand, enfin tous ces gens qui vivent sur ce que j'appelle la "banquette arrière". (A suivre)
Claudel, Mémoires improvisés.

samedi 29 mai 2021

Art (283)

 L'art fait passer le temps, c'est-à-dire qu'il le filtre et en garde l'essence. L'art seul a l'emploi du temps, la vie le consume ou le consomme. L'art ne tue pas le temps, il le fait vivre, et parfois le ressuscite. Et quand il ne peut le faire, il lui dresse un monument secret: la nostalgie.

dimanche 9 mai 2021

Figures (1964)

 J'ai une dette envers André Breton. En 1939, mon père, qui était historien d'art, a obtenu un poste à New York. Ma mère et moi l'avons suivi là-bas et y avons passé la guerre. Les Breton sont arrivés en 1941. Exilés et expatriés se retrouvent toujours avec ceux qui parlent leur langue. Mes parents fréquentaient donc Max Ernst, Yves Tanguy, Claude Lévi-Strauss, et Marcel Duchamp, qui allait devenir un phare pour moi, de ceux qui éclairent, montrent le chemin et permettent d'éviter les écueils. Et bien sûr André Breton. D'autant qu'avec sa fille, Aube, nous avions le même âge et étions scolarisés dans la même école. Ma mère et lui venaient nous chercher à tour de rôle. Souvent, il nous faisait faire un détour par Park Avenue pour écouter un vieil Italien chanter une rengaine où il était question de Paris. Je voyais les larmes descendre de ses yeux, ce qui me bouleversait. Je n'avais nulle idée de ce qu'était la guerre, mais j'ai compris qu'il se jouait là quelque chose qui dépassait le patriotisme pour toucher à l'amour d'une ville où l'on a vécu et aimé.
Jean-Jacques Lebel, in Télérama 3667 du 22/04/20.

dimanche 26 avril 2020

Horizons (48)

La nuit était venue, je suis allé à ma chambre, anxieux de rester maintenant dans l'obscurité sans plus voir le ciel, les champs et la mer rayonner sous le soleil. Mais quand j'ai ouvert la porte, j'ai trouvé la chambre illuminée comme au soleil couchant. Par la fenêtre je voyais la maison, les champs, le ciel et la mer, ou plutôt il me semblait les "revoir" en rêve; la douce lune me les rappelait plutôt qu'elle ne me les montrait, répandant sur leur silhouette une splendeur pâle qui ne dissipait pas l'obscurité, épaissie comme un oubli sur leur forme. Et j'ai passé des heures à regarder dans la cour le souvenir muet, vague, enchanté et pâli des choses qui, pendant le jour, m'avaient fait plaisir ou m'avaient fait mal, avec leurs cris, leurs voix ou leur bourdonnement.
L'amour s'est éteint, j'ai peur au seuil de l'oubli; mais apaisés, un peu pâles, tout près de moi et pourtant lointains et déjà vagues, voici, comme à la lumière de la lune, tous mes bonheurs passés et tous mes chagrins guéris qui me regardent et qui se taisent. Leur silence m'attendrit cependant que leur éloignement et leur pâleur indécise m'enivrent de tristesse et de poésie. Et je ne puis cesser de regarder ce clair de lune intérieur.
Proust, Les plaisirs et les jours ( Les regrets, rêveries couleur du temps, chap. XXIV: Comme à la lumière de la lune).

vendredi 31 mai 2019

Estacadres (643)

Les grands classiques français ont décrit l'amour-passion en mettant l'accent sur la jalousie. Disons en gros la paranoïa. Alors que les Allemands, comme Heine, par exemple, ont plutôt mis l'accent sur la blessure, la nostalgie, l'effusion.Et c'est effectivement assez étranger à la tradition française. la France a un peu raté le romantisme et cela se ressent dans son attitude à l'égard de l'amour.
Roland Barthes, Le grain de la voix, p. 294.

lundi 2 juillet 2018

Les mots à l'oreille (146)

Ce qui définit le langage poétique, c'est (...) le double pouvoir qu'il a de susciter une nostalgie et de la combler en même temps, par l'enchantement des mots.
Robert Bréchon, Panorama de la poésie contemporaine, in Tendances, juin 1962.