Une authentique maladie d'amour n'est pas un désir de possession, mais une façon qu'a le monde de se dévoiler doucement, ce pourquoi l'on renonce à la possession de la bien-aimée...
Musil, L'homme sans qualités, I.
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dimanche 29 septembre 2024
Amour (116)
lundi 6 novembre 2023
Figures (2856)
Plénitude et frustration: quel grand ouvrier du désir que le Dieu exclusif de Claudel! Ses exigences d'abandon absolu, de négation radicale de soi poussent les héros déchirés à exacerber frénétiquement leur passion, pour y renoncer avec plus d'éclat...
F. Pascaud, in Télérama du 25/11/87.
vendredi 23 juin 2023
Écrire (198)
Écrire, c'est renoncer au monde en implorant le monde de ne pas renoncer à nous.
Georges Perros, Papiers collés, p. 67.
vendredi 11 juin 2021
Art (296)
Ecrire, c'est renoncer au monde en implorant le monde de ne pas renoncer à nous.
Georges Perros, Papiers collés.
lundi 28 mai 2018
Estacadres (381)
Une authentique maladie d'amour n'est pas un désir de possession, mais une façon qu'a le monde de se dévoiler doucement, ce pourquoi l'on renonce volontiers à la possession de la bien-aimée...
Robert Musil, L'homme sans qualités, I.
Robert Musil, L'homme sans qualités, I.
vendredi 21 août 2015
Horizons (20)
Parfois, au bord de l'eau entourée de bois, nous rencontrions une maison dite de plaisance, isolée, perdue, qui ne voyait rien du monde que la rivière qui baignait ses pieds. Une jeune femme dont le visage pensif et les voiles élégants n'étaient pas de ce pays et qui sans doute était venue, selon l'expression populaire, "s'enterrer" là, goûter le plaisir amer de sentir que son nom, le nom surtout de celui dont elle n'avait pu garder le coeur, y était inconnu, s'encadrait dans la fenêtre qui ne lui laissait pas regarder plus loin que la barque amarrée près de la porte. Elle levait distraitement les yeux en entendant derrière les arbres de la rive la voix des passants dont avant qu'elle eût aperçu leur visage, elle pouvait être certaine que jamais ils n'avaient connu, ni ne connaîtraient l'infidèle, que rien dans leur passé ne gardait sa marque, que rien dans leur avenir n'aurait l'occasion de la recevoir. On sentait que, dans son renoncement, elle avait volontairement quitté des lieux où elle aurait pu du moins apercevoir celui qu'elle aimait, pour ceux-ci qui ne l'avaient jamais vu. Et je la regardais, revenant de quelque promenade sur un chemin où elle savait qu'il ne passerait pas, ôter de ses mains résignées de longs gants d'une grâce inutile.
Proust, Combray.
Proust, Combray.
vendredi 17 septembre 2010
Eclairage intime (Ivan Passer, 1965)
Le souvenir n'idéalise pas les événements qui nous ont marqués, il les sublime, au sens chimique, c'est-à-dire qu'il les métamorphose en les faisant changer de nature. J'ai vu Eclairage intime en mai 68, et je rêvais de le revoir. Dans ma mémoire, ce film-étendard du printemps tchèque était totalement occulté par son titre oxymoresque. J'en gardais des images flottantes, surtout celle d'un long tête à tête entre deux hommes, dont l'un avait "renoncé": cette confrontation était intense, introspective, profonde, universelle et désespérée. Le héros (celui qui était parti) était sombre et intérieur, il exprimait la révolte, la liberté de la conscience malgré les chaînes et les barreaux.
Je regarde aujourd'hui ce film, et je n'y reconnais rien. Je me souvenais de son anabolisation, pas de sa matière. L'atmosphère y est à la musique des sentiments, aux regrets neutralisés, aux petits plaisirs païens, à l'exaltation de l'individu éphémère, à l'amour des gens, à la dérision des ambitions, à la vie. Ce n'est pas du tout le film intérieur que l'alchimie de mon souvenir avait fabriqué. C'est un nouveau film que je découvre, dont la simplicité me touche, et je l'aime beaucoup. Parce que, tout mécréant qu'il soit, il porte les stigmates de la foi. Parce que ce cinéma de mansuétude n'est pas un cinéma d'onction, et que les douceurs du corps sont douloureuses à l'âme. Passer ne casse pas de briques, Passer ne casse pas la baraque. Où Passer passe, l'herbe repousse. Modestie d'un jeune et déjà grand metteur en scène, amoureux de l'instant si beau qui ne peut s'arrêter et qui meurt. Humilité d'une entreprise ordinaire où l'extraordinaire présence d'un idiot de village émeut comme une apparition christique. Passer est génial parce qu'il renonce à toute ambition factice, parce qu'il se moque de toute ambition avec une ambition bien plus grande: "La sagesse guérit de l'ambition par l'ambition même", disait La Bruyère. Alors Passer a la sagesse infuse, celle du désintéressement, de l'innocence, de la simple respiration du présent (dont l'air est enivrant: il n'a jamais été respiré), la sagesse qui lave le regard chaque matin pour préserver la fraîcheur de la vision, la sagesse de l'émerveillement constamment ravivé. Au plus profond de l'hiver, il reste un cinéaste printanier.
Je regarde aujourd'hui ce film, et je n'y reconnais rien. Je me souvenais de son anabolisation, pas de sa matière. L'atmosphère y est à la musique des sentiments, aux regrets neutralisés, aux petits plaisirs païens, à l'exaltation de l'individu éphémère, à l'amour des gens, à la dérision des ambitions, à la vie. Ce n'est pas du tout le film intérieur que l'alchimie de mon souvenir avait fabriqué. C'est un nouveau film que je découvre, dont la simplicité me touche, et je l'aime beaucoup. Parce que, tout mécréant qu'il soit, il porte les stigmates de la foi. Parce que ce cinéma de mansuétude n'est pas un cinéma d'onction, et que les douceurs du corps sont douloureuses à l'âme. Passer ne casse pas de briques, Passer ne casse pas la baraque. Où Passer passe, l'herbe repousse. Modestie d'un jeune et déjà grand metteur en scène, amoureux de l'instant si beau qui ne peut s'arrêter et qui meurt. Humilité d'une entreprise ordinaire où l'extraordinaire présence d'un idiot de village émeut comme une apparition christique. Passer est génial parce qu'il renonce à toute ambition factice, parce qu'il se moque de toute ambition avec une ambition bien plus grande: "La sagesse guérit de l'ambition par l'ambition même", disait La Bruyère. Alors Passer a la sagesse infuse, celle du désintéressement, de l'innocence, de la simple respiration du présent (dont l'air est enivrant: il n'a jamais été respiré), la sagesse qui lave le regard chaque matin pour préserver la fraîcheur de la vision, la sagesse de l'émerveillement constamment ravivé. Au plus profond de l'hiver, il reste un cinéaste printanier.
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