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mercredi 17 mai 2023

Figures (2675)

 Mais quand bien même les trouvères seraient inférieurs aux troubadours dans la connaissance mystique, ils n'ont pas introduit dans leurs romans que des erreurs. Ils ont traité un thème nouveau, celui de l'amour physique, c'est-à-dire de la faute. (Et j'entends bien la faute au sens "courtois", non pas au sens de la morale chrétienne).    (À suivre)
Denis de Rougemont, L'amour et l'occident.

mardi 26 mars 2019

Estacadres (586)

Le secret des troubadours, celui des romanciers du cycle breton, n'aurait-il pas consisté surtout à faire de l'amour une essence tellement rayonnante que, devant elle, il n'y a plus d'hommes ni de femmes, mais un masculin et un féminin indépendants de leurs apparences incarnées et interchangeables? Pour les troubadours et les trouvères les corps avaient moins de réalité que l'amour.
René Nelli, Troubadours et trouvères, p.154.

lundi 25 mars 2019

Estacadres (585)

L'orientation prise par l'érotique, au Moyen Age, a toujours mis en évidence que la véritable finalité de l'amour (intersexuel) était précisément d'abolir, dans l'imaginaire, les différences sexuelles. C'est l'amour qui distribue les rôles au gré des métamorphoses successives qui caractérisent  la passion "normale", en "homosexualisant" - temporairement et idéalement - les partenaires du jeu. L'amour masculinise la femme et féminise l'homme dans un grand rêve éveillé dont les "personnages" ne savent jamais qui ils sont ni en quoi ils se changent.
René Nelli, Troubadours et trouvères, p. 154.

dimanche 24 mars 2019

Estacadres (584)

 ... Nous ne sommes pas sûrs que la problématique générale de l'amour  ne soit pas toujours enclose et comme mise au secret dans l'érotique médiévale. [...] ... La mort-par-amour, le Joy infinisé, telle que les Chrétien de Troyes et les Wolfram von Eschenbach l'ont décrite sous sa forme extatique, donne encore la clé de la passion. Oui, celui qui aime meurt à lui-même et vit dans "l'autre", devient l'autre. C'est ce que les troubadours ont symbolisé par l'"échange des cœurs"; c'est ce que les poètes du Dolce stil nuovo ont décrit, en s'en émerveillant, comme la formation en leur esprit d'une image de la femme aimée et, plus simplement, comme leur propre féminisation sous l'effet de la beauté contemplée. "Mon seigneur", disaient les troubadours en s'adressant à leurs maîtresses.
René Nelli, Troubadours et trouvères, p.154.