Au XXIe siècle, ce n'est pas tant la langue (la française et tant d'autres) qui est menacée, mais la part d'absolu qui réside dans le Verbe. Les débats sur l'école, en France, où une minorité cherche à préserver la Poésie (on dit, par pudeur, "littérature"), se trompent parfois d'adversaire. Le danger n'est ni l'hermétisme, ni le formalisme du nouveau roman, ni le nombrilisme ou la naïveté, ni la linguistique, mais la paresse, le dégoût d'apprendre, la croyance collective soit en l'argent, soit dans quelque religion mortifère, l'appétit pour la distraction sotte et le rire gras. Si le pouvoir laisse les médias, d'essence publicitaire, construire la personnalité enfantine, l'école ne peut plus être que thérapeutique. Ce serait à un "ministère de la Santé mentale" de s'en occuper. En trichant avec les forces de la "geste" mondiale, avec la sale Histoire, l'institution en confirme les effets et la "chanson" devient inaudible. Plus encore que la mort d'une langue, catastrophe collective identitaire, il faut craindre celle des valeurs de l'anti-destin, qu'André Malraux identifiait à l'art et qu'on aimerait centrer sur la "chanson", l'art du langage poétique.
Alain Rey, L'amour du français, Denoël, p. 233.
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mercredi 26 septembre 2018
Langue française (20)
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