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mardi 3 juin 2025

Bohème (1)

 La bohème, selon Balzac, c'est vivre "au-dessous de la fortune, mais au-dessus du destin".   105.22   (2021)

vendredi 3 février 2023

Écrire (96)

 Écrire est le seul acte dans lequel je me sente moi-même.*   55.2
*(Par-delà la satisfaction des besoins et pulsions primaires).  

jeudi 10 novembre 2022

Ecrire (18)

 [Ecrire pour] transformer, par la grâce du talent, une vie anonyme en destin.
Catherine David, in N.Obs. 682, 12/77.

samedi 1 octobre 2022

Aventure (21)

 [Suite du 20] - L'aventure est conquête par-dessus tout et l'Anankê, la Fatalité des tragédies grecques, quand elle s'y manifeste, n'est qu'une malédiction de bazar. Les romanciers d'aventures préfèrent l'homme à ses dieux et ont choisi d'exalter l'Homo faber au détriment de l'Homo sapiens. (A suivre)
Pierre Versins, ibid.

dimanche 18 septembre 2022

Adultère (5)

 Georg Simmel se demande quelque part pourquoi le mari trompé est généralement ridicule, alors que la femme trompée est presque toujours tragique: c'est que le lien conjugal est pour beaucoup d'hommes un rôle à jouer comme celui de catholique pratiquant ou de célèbre écrivain, alors qu'il est pour la femme une "destinée", et que la Destinée, étant, par définition, ce qui est Tout, ne saurait faire rire.
Vladimir Jankélévitch, L'ironie.


mercredi 2 avril 2014

Smoking / No smoking (2) ou le QCM de l'amour...

Resnais dit que quel que soit l'ordre dans lequel on regarde ces films, c'est toujours le dernier qu'on a vu qu'on préfère. Ce n'est pas mon cas. Cette double réflexion démultipliée sur les aléas du destin finit par montrer la corde de son arbitraire. S'il n'y a pas de nécessité, pourquoi s'arrêter dans les combinaisons de couples? C'est une infinité de films qu'il fallait faire.
le hasard n'a jamais été si bien nommé que par Musil : " principe de raison insuffisante." (1) C'est ce "principe" qui "régit" les hasards de la vie!
Mais c'est un discours qui s'adresse aux spectateurs. Les personnages, quant à eux, sont englués dans une espèce d'en-soi à choix multiple. Si bien qu'ils sont plus près des marionnettes que des consciences kafkaïennes. Kafka écrit dans son journal une phrase qui peut paraître énigmatique et paradoxale : "Dans  le duel entre le monde et toi, assiste le monde." Masochisme? A moins que le moi, étant Nécessaire, désire se confronter à un monde qui ne soit plus fortuité pure, mais "hasard en voie de nécessité", puisqu'épaulé par un moi nécessaire.
Le monde de Resnais n'est pas kafkaïen, il n'est qu'illogique et incohérent, mais dans cette "incho-errance", il est magnifiquement animé par deux acteurs pénétrés, quant à eux, d'un savoir malicieux, "musilien", pourrait-on dire. C'est grâce à eux qu'on a quand même plaisir à (re)voir ces films.

(1) Expression humoristique destinée à battre en brèche le "principe de raison suffisante" de Leibniz.

vendredi 18 janvier 2013

Margin Call (J.C.Chandor)

   Le film commence par un travelling : nous sommes dans les locaux d'un cabinet d' investissement, et la caméra suit une jeune femme qui, telle une figure du Destin aveugle belle et glacée, va inexorablement à un poste, puis à un autre, signifier sans affect que c'est fini : on les débranche. Le couperet est poli, effilé, il tombe, c'est tout.  Le climat d'oppression qui s'installe dès la première minute de Marging Call ne va pas se relâcher pendant 36 heures, en un même lieu, pour une seule action -  l'introduction n'en est que le prologue - dont on va découvrir assez vite les ressorts, le ressort unique plutôt : un krach boursier. Tous les éléments d'une tragédie sont en place. La corde se tend, à quels cous va-t-elle s'accrocher? La grande force du réalisateur est de ne sacrifier aucun des personnages; tous ou presque ont des raisons,  assez peu nobles pour la plupart, mais tellement humaines que le médiocre s'y mêle au pathétique. Ces gens vont commettre une monstruosité : vendre leurs actions pourries avant que le "sac de merde" ne leur éclate à la gueule, mais, individuellement, ils sont comme nous ou la plupart d'entre nous, ils veulent être "le premier" ou ils pleurent leur chienne, leur divorce, l'enfant qu'ils ne voient plus, ou ils n'ont pas de vie sentimentale (que les putes et l'alcool), ou ils n'ont pour vocation qu'acheter et vendre, ou ils voulaient gagner plus d'argent qu'en construisant des ponts ou des fusées. Même les plus antipathiques (le big boss et le fils à papa), on n'a pas vraiment envie de les écraser comme des punaises. Une seule femme parmi le staff : elle nous apparaît d'abord douteuse, puis loyale et, enfin, presque pitoyable. Les hommes sont déshumanisés à l'interface, par la machine qu'ils ont construite.
   A trois reprises on imagine qu'un des acteurs de cette tragédie symbolique (la vraie tragédie est pour ceux que le krach va ruiner) est au bord du suicide ou s'est suicidé (le chef des ventes affalé dans son fauteuil : finalement non, il dormait!), mais ce serait trop grand pour eux, capables de parler du sale coup qu'ils préparent , en présence d'une femme de ménage (à la conscience hypothéquée?) comme si elle n'existait pas plus que les domestiques d'autrefois pour les aristocrates sans pudeur qui se déshabillaient devant eux.
   Non, la violence qui émane de ce film n'est pas spectaculaire : elle ressemble à cette "confiance dans le pire" dont parlait Sartre (Cahiers pour une morale). La vraie violence s'est doucement opérée en deçà, et ses victimes ignorantes vont en recevoir le coup. Ayant trait leur lait, les traders tordront  leur sang.
   C'est bien d'une vision tragique qu'il s'agit ici, c'est-à dire d'une vision qui ignore l'avenir et trouve son "éternité" dans le foudroiement du présent.