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mardi 7 mai 2024

Amour (9)

 Vous vous croyez innocent si vous dites: j'aime cette femme et je veux conformer mes actes à cet amour, mais vous commencez la révolution.
Paul Nizan, Aden-Arabie.

mercredi 10 avril 2024

Écrivains (91)

 ... un individu en perpétuelle déportation, un étranger à tout ce qui peut lui arriver, cela fait son malheur absolu, car il n'écrit que par nostalgie de ne pas pouvoir ne pas écrire. Cela fait l'extraordinaire vide de la littérature digne de ce nom. Un grand poète n'est pas celui qui orne, garnit la pièce (le monde). C'est celui qui la vide. Qui utilise son langage à fin de fusillades, de débarras, ôtez toute chose que j'y voie.
Georges Perros, Papiers collés, II, p. 423.

mardi 8 août 2023

Bassesse (2)

 Si la révolution a un sens, il ne peut être que d'éliminer la bassesse.
Louis Guilloux, Notes de travail pour Le sang noir.

samedi 15 octobre 2022

Afrique (17)

 [Suite du 16 et fin] - Le prix du changement, Sankara* l'a compris, c'est l'émancipation des femmes. "Dotez chaque paysan d'une charrue, déclarait un CDR (Comité de Défense de la Révolution), et la polygamie reculera." L'inverse est encore plus vrai: quand les femmes cesseront d'être considérées comme des bêtes de somme, alors les paysans se serviront d'une charrue. Les femmes africaines ressemblent à ce continent misérable: elles sont des otages du passé.
Chantal de Rudder, in N. Obs. 1118 du 11/04/86: African Queens au Burkina Faso.
*Thomas Sankara sera assassiné en 87...

dimanche 14 août 2022

Adolescence (3)

 C'est l'âge du chagrin et de la révolte, pas encore celui de la révolution et des larmes.   13.38

vendredi 12 août 2022

François Ruffin

    Je n'éprouve pas de mépris pour la "classe" politique en général, mais je ne m'intéresse à la chose publique que par devoir civique. Cependant il m'arrive d'admirer l'un de ces hommes auxquels je ressemble si peu. Autrefois c'était Mendès France, aujourd'hui c'est François Ruffin. C'est notre abbé Pierre sans la soutane, un saint laïque, presque un héros. Pour lui, la politique n'est ni un alibi, ni un placement, ni une posture. C'est un sacerdoce, un apostolat, mais le Dieu qui l'envoie est le "dieu"de la Justice. Son engagement va à l'encontre de cette affirmation de Paul Valéry, qui disait que "la politique est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde."

  Ruffin combat quotidiennement et pied à pied la mauvaise foi des profiteurs par la bonne raison des exploités. En bon stendhalien, il met au jour les vérités qu'on cache, car "en politique, tout ce qui n'est pas clair est une coquinerie." 

   La plupart des politiciens me font peur: croire qu'on peut gouverner un peuple naît obligatoirement dans une cervelle elle-même gouvernée par l'insanie. Ruffin demande au peuple (aux gens) de se gouverner eux-mêmes. De se débarrasser de ses représentants s'ils sont des parasites. 

   Mais pourquoi est-il un saint? Parce que pour lui savoir et sentir ne font qu'un. Dès lors qu'il connaît la souffrance du monde, il l'éprouve. Raymond Aron s'étonnait que Simone Weil puisse pleurer à l'évocation des famines mortelles en Chine. Ruffin est de la trempe de cette philosophe qui s'engagea en usine et voulut combattre auprès des Républicains espagnols contre les troupes franquistes.  

   Son combat, Ruffin le mène charitablement - sachant que la seule charité, la charité bien ordonnée, c'est la justice. Ce mot, "justice", qui fait ricaner les cyniques, Ruffin ne l'emploie jamais par calcul démagogique (comme font les lepénistes). A ses yeux la justice n'est pas une utopie mais un projet, et même un credo. Est-il si naïf d'aspirer à un monde où chacun serait délivré de l'envie et du mépris? Qui se souvient d'Edgar Quinet, cette "conscience du parti républicain", exilé comme Hugo, et qui inspira tant Jaurès? Il écrit, dans La Révolution: " Quand l'iniquité aura couvert toute la terre, si la justice a pu se cacher à l'ombre d'un brin d'herbe, c'est assez pour qu'elle grandisse et parfume les trois mondes".

   Aucune lutte n'est jamais vaine. Même celle qui échoue témoigne de la noblesse du lutteur.

   Chateaubriand écrit, à la fin des Mémoires d'outre-tombe, que "La trop grande disproportion des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu'elle a été cachée; mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a été frappé. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques. Essayez de persuader au pauvre, lorsqu'il saura lire et ne croira plus, lorsqu'il possèdera la même instruction que vous, essayez de lui persuader qu'il doit se soumettre à toutes les privations, tandis que son voisin possède mille fois le superflu: pour dernière ressource, il vous le faudra tuer".

   Hélas, nous sommes loin encore de "la même instruction" pour tous. Mais les gilets jaunes en savent assez pour se remobiliser contre ceux qui continuent à "se gaver", comme dit Ruffin, non pas en vivant au-dessus de leurs moyens mais "au-dessus de ceux des autres" (Saki). Les grands voleurs ont longtemps pendu les petits, jusqu'au jour où les petits ont décidé de leur couper la tête. Une Révolution n'a pas suffi, et ne suffira jamais, car l'injustice, hélas, repousse comme le chiendent. On parle de "cohésion sociale" mais elle ne peut exister dans un pays où les écarts de fortune sont astronomiques. Le capitalisme "intelligent" comprenait que son intérêt n'était pas d'affamer et de jeter à la rue (puis dans la rue) les millions de personnes qu'il exploitait "raisonnablement". Les néo-libéraux sont en train de tresser les cordes qui finiront par les pendre.

 

vendredi 6 mai 2022

Action (7)

 Le grand intellectuel est l'homme de la nuance, du degré, de la qualité, de la vérité en soi, de la complexité. Il est par définition, par essence, antimanichéen. Or les moyens de l'action sont manichéens parce que toute action est manichéenne. A l'état aigu dès qu'elles touchent les masses; mais même si elle ne les touche pas. Tout vrai révolutionnaire est un manichéen-né. Et tout politique.
Malraux, L'espoir.

dimanche 15 avril 2018

Estacadres (339)

Vous vous croyez innocent si vous dites : j'aime cette femme et je veux conformer mes actes à cet amour, mais vous commencez la révolution.
Paul Nizan, Aden-Arabie.

samedi 23 décembre 2017

Faits et dits enfantins (555)

Après avoir vu en ma compagnie La Petite Vera, sur la tristesse de l'ordinaire soviétique, Marie (11 ans - nous sommes en 1989)  me dit : "Pourquoi ils continuent à vivre si mal ces gens, ils devraient faire la révolution!"


Je dis à Bastien (9 ans), alors qu'un orage s'annonce : "Il va sacrément pleuvoir!
— Ouais! répond-il, il va pleuvoir le saint-sacrement!"

"Bastien, tu regardes L'assassin habite au 21 avec nous?
— Non, ça doit être mortel!"

Il dit : "Moi, je suis un péteur sur gages!
Sur gaz, tu veux dire!"