Nous désirons tellement que la vérité s'incarne que lorsqu'une réalité est belle nous la sentons plus vraie, parce que la réalité meurt, alors que la vérité est éternelle. (À suivre) 112.74 (2024)
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lundi 23 septembre 2024
Le beau et le vrai (11)
dimanche 21 mai 2023
Baroque (29)
[Suite du 28 et fin] - Le baroque, c'est la réalité comme infinie matière, la vérité c'est la réalité comme matériau délimité: la première est pittoresque, intarissable, insignifiante, la seconde naît du choix d'un sens. 45.111
lundi 7 décembre 2020
Art (136)
Ce que nous demandons à l'art, dit Proust, "c'est tout autre chose qu'un plaisir: des vérités appartenant à un monde plus réel que celui où nous vivons."
vendredi 9 septembre 2016
Sieranevada (Cristi Puiu)
Giono disait que les existentialistes croyaient que la tour Eiffel était pointue parce qu'ils l'avaient sucée. Cristi Puiu veut nous faire "sucer" Sieranevada jusqu'à l'exaspération et l'étouffement, pour bien nous faire sentir à quel point son pays s'est déshumanisé et est devenu invivable. La veulerie des temps sombres (le spectre de la Securitate) a précipité la déréliction.
Il y a deux grands modes d'expression en art : le mode classique de la suggestion et de la litote, et le mode mimétique qui bourre l'oeuvre de tous les soupirs, les hoquets, les répétitions de la vie quotidienne, jusqu'à l'écoeurement. Ce mode mimétique ou "phénoménologique"(1) n'épargne rien au spectateur. Foin de toute catharsis, il faut faire physiquement ressentir la douleur, l'ennui et l'abomination de ce qu'on dénonce.. Ce type d'artiste ne fait pas confiance à la pensée, à l'intelligence du récepteur.
Il y a une forme d'évangélisme de la véritable approche phénoménologique ( voir Gabriel Marcel). Chez Puiu, qui n'a pas fait un mauvais film, il y a un manque de foi en l'empathie réelle du spectateur.
Bouillon familial indigeste, son film nous remplit l'estomac jusqu'à la gorge des rancoeurs avivées par la destruction du tissu social en Roumanie. On ne va pas au cinéma pour s'empiffrer de problèmes, mais pour réfléchir à la condition humaine.
L'approche mimétique non seulement nous ennuie, mais elle ne sort pas de la tautologie. Le véritable réalisme n'est pas dans la description mais dans la forme offerte à l'interprétation.
Le "réalisme" est un abaissement, une révérence aux apparences du réel et un renoncement à une vérité invisible.
Une telle résignation procède d'une sous-estimation de la réalité. Ce qu'on peut "jouer" n'est pas si terrible. Mais le "réaliste" ne fait illusion que tant que le réel est "supportable" ( peut figurer sur un support) ou codifiable, mais un film "réaliste" sur la Shoah est inimaginable ( à moins de faire du snuff movie)... A cause de la présence vivante des corps ( ou de la présence des corps vivants) . Il est impossible de filmer la souffrance infinie, donc il est impossible de filmer la souffrance, donc il est impossible de filmer... tout court, sauf si filmer n'est pas décrire mais donner à voir, à sentir, à penser. La réalité est inimitable. L'art perd son temps à vouloir rivaliser avec elle. Son domaine à lui, c'est la vérité.
(1) Epithète abusive, car la véritable phénoménologie fait appel à des sentiments et des expériences communes, sans pour autant les réifier.
Il y a deux grands modes d'expression en art : le mode classique de la suggestion et de la litote, et le mode mimétique qui bourre l'oeuvre de tous les soupirs, les hoquets, les répétitions de la vie quotidienne, jusqu'à l'écoeurement. Ce mode mimétique ou "phénoménologique"(1) n'épargne rien au spectateur. Foin de toute catharsis, il faut faire physiquement ressentir la douleur, l'ennui et l'abomination de ce qu'on dénonce.. Ce type d'artiste ne fait pas confiance à la pensée, à l'intelligence du récepteur.
Il y a une forme d'évangélisme de la véritable approche phénoménologique ( voir Gabriel Marcel). Chez Puiu, qui n'a pas fait un mauvais film, il y a un manque de foi en l'empathie réelle du spectateur.
Bouillon familial indigeste, son film nous remplit l'estomac jusqu'à la gorge des rancoeurs avivées par la destruction du tissu social en Roumanie. On ne va pas au cinéma pour s'empiffrer de problèmes, mais pour réfléchir à la condition humaine.
L'approche mimétique non seulement nous ennuie, mais elle ne sort pas de la tautologie. Le véritable réalisme n'est pas dans la description mais dans la forme offerte à l'interprétation.
Le "réalisme" est un abaissement, une révérence aux apparences du réel et un renoncement à une vérité invisible.
Une telle résignation procède d'une sous-estimation de la réalité. Ce qu'on peut "jouer" n'est pas si terrible. Mais le "réaliste" ne fait illusion que tant que le réel est "supportable" ( peut figurer sur un support) ou codifiable, mais un film "réaliste" sur la Shoah est inimaginable ( à moins de faire du snuff movie)... A cause de la présence vivante des corps ( ou de la présence des corps vivants) . Il est impossible de filmer la souffrance infinie, donc il est impossible de filmer la souffrance, donc il est impossible de filmer... tout court, sauf si filmer n'est pas décrire mais donner à voir, à sentir, à penser. La réalité est inimitable. L'art perd son temps à vouloir rivaliser avec elle. Son domaine à lui, c'est la vérité.
(1) Epithète abusive, car la véritable phénoménologie fait appel à des sentiments et des expériences communes, sans pour autant les réifier.
mercredi 11 mai 2016
Le visible et l'invisible
Le talent nous montre le visible. Mais dans l'angle mort du visible vit l'invisible. Le génie le "voit", car il sait que la seule fonction noble du visible est de rendre "visible" l'invisible. C'est pourquoi le réalisme en art est une pseudomorphose, c'est-à-dire une imposture, un abaissement servile devant les apparences de la réalité, un renoncement à la vérité invisible.
C'est ainsi qu'au contact de la culture musulmane, Paul Klee comprend que la fonction de l'art n'est pas de reproduire ce qu'on voit mais de rendre visible ce qu'on ne voit pas. Et que "dessiner, c'est prendre une ligne et partir en promenade".
Je crois, comme Etienne Souriau, à la réalité ontologique des êtres de fiction. L'Etre est invisible, il n'accède au visible que par accident. Cette rencontre exceptionnelle est une coïncidence aporétique qui s'appelle la beauté. La beauté nous émeut car l'invisible s'y donnant forme, elle nous révèle que l'âme existe.
Je m'éveille de la sieste avec cet incipit dans la tête : Le rideau de perles de la porte d'entrée se balançait lentement, comme s'il avait été mû par la houle du temps. "Porte d'entrée" = incipit = mystère : d' "entrée", je sais que le roman ou la nouvelle (que je n'écrirai jamais) s'inscrit aux confins du visible et de l'invisible.
C'est ainsi qu'au contact de la culture musulmane, Paul Klee comprend que la fonction de l'art n'est pas de reproduire ce qu'on voit mais de rendre visible ce qu'on ne voit pas. Et que "dessiner, c'est prendre une ligne et partir en promenade".
Je crois, comme Etienne Souriau, à la réalité ontologique des êtres de fiction. L'Etre est invisible, il n'accède au visible que par accident. Cette rencontre exceptionnelle est une coïncidence aporétique qui s'appelle la beauté. La beauté nous émeut car l'invisible s'y donnant forme, elle nous révèle que l'âme existe.
Je m'éveille de la sieste avec cet incipit dans la tête : Le rideau de perles de la porte d'entrée se balançait lentement, comme s'il avait été mû par la houle du temps. "Porte d'entrée" = incipit = mystère : d' "entrée", je sais que le roman ou la nouvelle (que je n'écrirai jamais) s'inscrit aux confins du visible et de l'invisible.
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