Gracq par Michel Perez - ... cette prose quasi magique où la sensualité joue un rôle déterminant, contraignant à chaque instant le visible à dire l'invisible.
dimanche 18 janvier 2026
dimanche 28 juillet 2024
Figures (3055)
[Suite du 3054 et fin] - C'est en ce sens qu'il pratique, par son art, une phénoménologie réaliste. À travers lui on comprend ce paradoxe que la peinture ne sert pas à reproduire des objets déjà aperçus, mais à rendre visible ce qu'on n'avait jamais vu, l'in-vu, ce qui pourrait être si on avait su le faire voir.
Jean-Luc Marion, à propos de Courbet, in Le Monde du 08/08/14.
Le beau et le joli (3)
Le joli c'est du beau sans l'épiphanie du mystère. C'est la beauté qui rend visible l'invisible. 110.147 (2024)
dimanche 28 avril 2024
Beauté (187)
Je crois, comme Étienne Souriau, à la réalité ontologique des êtres de fiction. L'Être est invisible, il n'accède au visible que par accident. Cette rencontre exceptionnelle est une coïncidence aporétique, qui s'appelle la beauté. La beauté nous émeut car l'invisible s'y incarnant, elle nous révèle que l'âme existe. 85.69
vendredi 10 novembre 2023
Beauté (61)
Toute fleur n'est que de la nuit
Qui feint de s'être rapprochée
Mais là d'où son parfum s'élève
Je ne puis espérer entrer
C'est pourquoi tant il me trouble
et me fait si longtemps veiller
devant cette porte fermée
Toute couleur, toute vie
naît d'où le regard s'arrête
Ce monde n'est que la crête
d'un invisible incendie.
Philippe Jaccottet, Airs; Oiseaux, fleurs et fruits.
mercredi 15 juin 2022
Aborigènes (2)
(Suite du 1) - Ces "voies de chanson" [des aborigènes] sont comme une mémoire du sacré. Elles expriment bien le fond de toute pensée sauvage: le visible et et l'invisible sont confondus, inextricablement. (A suivre)
Jacques Meunier, à propos des Jumeaux de Black Hill, de Bruce Chatwin, in Le Monde des Livres du 27/04/84.
lundi 12 mars 2018
Alexandrins (107)
Car le visible et l'invisible s'y rencontrent.
samedi 3 février 2018
Estacadres (282)
Novalis, Grains de pollen.
mercredi 17 janvier 2018
Estacadres (269)
D'Aubigné, Les Feux, in Les Tragiques.
mercredi 11 mai 2016
Le visible et l'invisible
C'est ainsi qu'au contact de la culture musulmane, Paul Klee comprend que la fonction de l'art n'est pas de reproduire ce qu'on voit mais de rendre visible ce qu'on ne voit pas. Et que "dessiner, c'est prendre une ligne et partir en promenade".
Je crois, comme Etienne Souriau, à la réalité ontologique des êtres de fiction. L'Etre est invisible, il n'accède au visible que par accident. Cette rencontre exceptionnelle est une coïncidence aporétique qui s'appelle la beauté. La beauté nous émeut car l'invisible s'y donnant forme, elle nous révèle que l'âme existe.
Je m'éveille de la sieste avec cet incipit dans la tête : Le rideau de perles de la porte d'entrée se balançait lentement, comme s'il avait été mû par la houle du temps. "Porte d'entrée" = incipit = mystère : d' "entrée", je sais que le roman ou la nouvelle (que je n'écrirai jamais) s'inscrit aux confins du visible et de l'invisible.
lundi 3 décembre 2012
Littérature et philosophie
Qu'est-ce qui fait que Proust et Musil me conviennent, alors que Barthes, Bourdieu, Baudrillard (qui sont aussi des écrivains) peuvent seulement me plaire ou m'intéresser? La réponse tient dans cet "aussi": c'est qu'ils sont par ailleurs autre chose (sémiologue, sociologues) , que leur intelligence d'intellectuels sert une cause, une théorie, une science et même, dirait-on parfois, que leur intelligence sert leur intelligence. Pour l'écrivain-écrivain, l'intelligence est une simple composante de l'être, importante, mais moins importante que la sensibilité, bien sûr, adjointe et non souveraine. L'intelligence est comme un courant qui passe à travers les fibres sensibles de l'écrivain : elle n'est ni la centrale, ni le commutateur.
L'enjeu de la littérature n'est pas pratique (communiquer) , il n'est pas phatique (1) (communier) , il n'est même pas esthétique (l'écriture n'est pas un art pur). Est-il métaphysique? Oui, dans son acception originelle et non-abstraite : ce qui préoccupe l'homme en dehors de son image "naturelle". L'enjeu de la littérature est la condition humaine, non définie par des critères immanents. L'enjeu de la littérature est littéraire, c'est-à-dire écrit sans savoir, sans pouvoir, sans certitude. Investigation vaine et nécessaire, par le moyen des mots, de l'inconnaissance structurelle.
L'enjeu de la philosophie est théorétique et critique. Le philosophe s'adonne à la connaissance en mettant sans cesse en question non seulement cette connaissance mais son questionnement lui-même, voire sa propre légitimité et, finalement, sa propre existence. La philosophie est une ascèse - et parfois une passion - inutile. Inutile car, s'il lui arrive de nous éclairer, elle ne peut en aucun cas nous rendre heureux. Si le bonheur dépendait de la pensée, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'imbéciles.
Alors? Faut-il se moquer de la philosophie? Ce serait vraiment philosopher, si l'on en croit Pascal.
Si la philosophie consiste à dépasser son objet pour aller vers un indicible ou un invisible, alors la philosophie, la littérature et la poésie se tiennent dans un même coin de ciel ou dans une même poche de ténèbres. Quand nous pensons notre pensée nous pensons notre être et, comme l'a répété Alquié, "toutes les grandes philosophies sont une critique de l'objet et non de l'être", c'est-à-dire du visible et non de l'invisible.
Alors, écrire c'est saisir au col et tenir ensemble littérature et philosophie, sinon la première fait des mines, la seconde fait la gueule, et l'écriture est accablante. Je préfère la littérature à la philosophie, mais non la littérature sans la philosophie.
" Il est admirable de voir que la poésie, qui cherche naturellement le beau, et la philosophie, qui cherche essentiellement le vrai - c'est-à-dire ce qu'il y a de plus opposé au beau - sont les deux facultés qui ont le plus d'affinités entre elles, car le véritable poète est parfaitement capable d'être un grand philosophe et le véritable philosophe d'être un grand poète; ni l'un ni l'autre ne peuvent être grands ni parfaits dans leurs domaines s'ils ne participent complètement aux deux, à la nature primitive de l'esprit, à sa disposition naturelle, à la puissance de l'imagination." (Leopardi , Zibaldone) .
(1) Au sens de Jakobson.
mercredi 17 octobre 2012
Edward Hopper, l'étrange étranger
Pour ou contre, le troupeau se resserre toujours. On peut le comprendre, il suffit d'éteindre les quinquets de sa tête. Le banc, la bande, la meute. De qui est ce dessin qui représente la visite groupée d'une horde de visiteurs passant courbés comme une allégorie de chasseurs préhistoriques (ou comme Caïn "chassé" par le regard de Dieu) devant un tableau précisément intitulé La Horde (de Guillonnet?) ?
Le sentiment d'étrangeté face au monde serait-il si répandu? L'étrangeté est un mystère sans séduction, car elle dit de l'univers familier que cette familiarité est un masque et que la vérité -angoissante- est derrière. Mais quelle? La solitude et l'absurde. La liberté désespérante qui cloître toute conscience sur son île escarpée. Et les slogans sont mensongers qui parlent de communion et d'humanité une et unitive.
J'ignore par quel génie Hopper rend étrange ce qui, dans n'importe quel comics (ou "illustré") serait banal. Mais il est remarquable en ceci : quand il peint une scène de jour, elle semble violemment éclairée par la lune, alors que ses scènes de nuit paraissent doucement ensoleillées. Il se dit peintre de la lumière, mais c'est le mot "night" qui revient le plus souvent dans les titres de ses tableaux. C'est de la peinture métaphysique, qui peint visiblement l'absence au monde et invisiblement la présence. La présence qui n'existe pas mais constitue le squelette fantomal de chacun (mais dont chacun n'a pas conscience).
Nous vivons depuis plus de trois siècles dans l'illusion cartésienne du connaissant. Mais que connaissons-nous? Notre être? Notre origine? Notre destination? Rien de tout cela. Alors nous ne connaissons rien. Taisons-nous, tassons-nous, méditons. La plume ou la brosse en suspens, avec l'intranquillité résignée qui accompagne la trouille animale d'une mort sans balance ni consolation, qui fermera sur nous son clapet noir. Imagine-t-on un Hopper vif et prolixe? Non. Mais le pinceau dans une main et les tubes de couleurs dans l'autre, oui.
L'artiste nous rallie à sa solitude. (3)
(1) Comme tout pauvre humain, Hopper lui aussi avait besoin de ce mensonge chaleureux.
(2) Anatole France, Les Contes de Jacques Tournebroche.
(3) Voir "Hopper mauvais peintre?"