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samedi 27 octobre 2018

Langue française (40)

Le français était une langue aérée, une langue de grand large qu'on pouvait emporter loin, une langue d'ouverture où il y avait de la place et Flaubert m'en semblait l'exemple même. Cela s'adressait à tous les sens et de plus chaque phrase recelait sa propre mémoire et rendait plus riche celle du lecteur.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 59.

vendredi 26 octobre 2018

Langue française (39)

Ces mots allemands, lorsqu'on en faisait des mots composés étaient sans surprise, ils jouaient cartes sur table et donnaient leur sens à pleines mains, là où les mots français le réservaient et permettaient à chacun d'en varier à sa guise les sous-entendus (mot qui n'existe pas en allemand) ou les acceptions.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

jeudi 25 octobre 2018

Langue française (38)

[Les mots français] ressemblaient à de vieilles personnes pleines d'expérience, "langueur", "promptitude", "orgueil" on les imaginait en habits de cour; "complaisance" ou "jalousie", "éclat" ou "opportunité" avaient chacun leur physionomie, leur allure et surtout on ne savait pas de quoi ils étaient faits, contrairement aux mots allemands dont tous les éléments étaient toujours reconnaissables, orgueil par exemple devenait Hochmut : esprit haut.
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

mercredi 24 octobre 2018

Langue française (37)

Les mots français étaient tous "chargés d'histoire", rien qu'à les entendre on les devinait de très ancien usage, longuement mis au point.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

mardi 23 octobre 2018

Langue française (36)

C'était le champ des mots, leur étendue qui me fascinaient, ces sauts de sens, ces jonctions. Qu'était-ce donc comprendre avec si peu d'indications?
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

dimanche 21 octobre 2018

Langue française (35)

Le français. "J'en découvris les raccourcis, les économies de mots et les densités brèves à travers La Rochefoucauld, Retz ou La Fontaine mais aussi les solennelles splendeurs de Bossuet."
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.

samedi 20 octobre 2018

Langue française (34)

J'étais tombé dans le français que je ne me souviens pas d'avoir un jour appris. Je me rappelle simplement l'effet que me firent certaines sonorités toujours à mi-chemin, à mi-ton de celles de l'allemand ou de l'italien, toutes deux inversement sonores, l'allemand par grands éclats, l'italien par chants successifs qu'on pouvait moduler à sa guise. Je me souviens simplement d'avoir su le français, d'emblée, fin 39, mais c'est par le XVIIe siècle que j'en acquis un peu le sens puisque lui seul et quelques auteurs du XVIIIe étaient autorisés dans cet étrange internat.*
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
* En Haute-Savoie (l'auteur ayant fui l'Allemagne nazie).

vendredi 19 octobre 2018

Langue française (33)

Confusément, je le sentais, seul le français [...] me permettrait quelque jour de me rendre, sauvée, ma langue maternelle pourtant à jamais dégradée, déformée, meurtrie par le nazisme né en son sein, et de pointer par ailleurs de plus en plus finement, de plus en plus près, ce qui toujours échappe, comme si le français était la langue qui s'en approchait le plus.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38-39.

mercredi 17 octobre 2018

Langue française (32)

Le français, c'était un drap de velours bleu sombre brodé de fils d'or qu'on jetait sur ce qu'on ne voulait pas voir, là où l'allemand n'hésite jamais à montrer le pire.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38.

dimanche 7 octobre 2018

Langue française (30)

... le français était aussi une langue majestueuse et intime à la fois, la langue de l'entente et de l'entendement ...
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38.

samedi 6 octobre 2018

Langue française (29)

Le français avait quelque chose de mondain, de meublé, une langue pour tapisseries, médaillons et bergères. C'était une langue qui filait en bouche, qu'on pouvait prendre au coin des lèvres et qui passait toute seule. Elle n'avait pas les rondeurs ni les soulèvements de l'allemand ni ses douceurs ni ses duretés. L'allemand, ma langue maternelle, me prenait le corps autrement que le français, lequel était au-dessus, calé sur l'assise de l'allemand que, par honte de mes origines, je croyais pouvoir oublier.
G.-A.Goldschmidt, Le poing dans la bouche. 

jeudi 4 octobre 2018

Langue française (27)

Le grand problème allemand, c'est l'inattention au style, Nietzsche et Heine mis à part, qui sont les grands génies de la langue allemande.
[ ...]
Ainsi la langue française a été façonnée à Versailles, par quelques personnes, alors qu'en Allemagne c'est Luther qui a façonné la langue, en fabriquant le vocabulaire religieux, qui l'a fixée. Ainsi de cet exemple que j'adore donner : depuis Luther, le désespoir se dit "le comble du doute", en allemand, avouez que ce n'est pas mal en matière de propagande religieuse.

mercredi 3 octobre 2018

Langue française (26)

... Le français possède l'expression du trouble. La princesse de Clèves, par exemple : rien n'est dit, mais c'est l'un des textes les plus érotiques qui soient. Le côté réaliste de l'allemand empêche la distance nécessaire. L'allemand n'a pas de littérature érotique. Il n'y a qu'une littérature pornographique. L'allemand décrit le réel au point de prendre sa description pour le réel, ce qui peut devenir terrifiant. Il existe d'ailleurs une thèse fameuse de Leibniz, Pensées sans préjugé pour l'amélioration de la langue allemande, écrite en allemand, curieusement, pour dire que l'allemand est une langue admirable pour les charpentiers, les tailleurs de pierre, mais qu'elle est inapte à exprimer le politique. C'est une langue inscrite dans le matériau, ce qui peut d'ailleurs être très beau, et permet de tout dire. Je donne l'exemple du mot cadenas, qui se dit "une serrure qu'on accroche devant". Tout est comme ça.
G.-A. Goldschmidt, Quinz. litt. 871 du 16/02/04

mardi 2 octobre 2018

Langue française (25)

   Question de Bertrand Leclair à Georges-Arthur Goldschmidt in Quinz. litt. 871  du 16/02/04, à propos de son livre Le poing dans la bouche :
   Vous insistez sur le fait que l'allemand serait beaucoup plus proche de la matière, du réel, que le français, dont vous dites par contre qu'il est une langue érotique. Pourquoi?                                                                           

dimanche 30 septembre 2018

Langue française (24)

... langue souple et rassurante, la langue de la connivence, qui permet d'échanger bien des choses non dites cachées sous les mots, [ ...] dont l'une des propriétés est peut-être de tout de suite se situer dans l'intimité corporelle de celui qui parle.
[ ...] La brièveté, la précision du style, cette façon d'aller droit au but, c'était comme une antimatière de tout ce que je connaissais, cela allait vite, c'était incisif et fluide. C'est par le français que je fis connaissance avec la concentration, qu'on confond si volontiers avec l'abstraction.    
[ ... ] Les mots français, je ne sais pourquoi, m'impressionnaient, ils ressemblaient à ces personnes d'un certain âge qui ont une longue expérience et ont vu beaucoup de gens et bien des choses. Ils avaient tous un côté adulte et bien élevé que les mots allemands n'avaient jamais, plus immédiats, plus charpentés et plus enfantins à la fois. Les mots allemands, c'était les choses elles-mêmes, en français elles étaient enveloppées d'une sorte de noli me tangere, de mise à distance.
G.- A. Goldschmidt, La traversée des fleuves, autobiographie.

vendredi 28 septembre 2018

Langue française (22)

La langue allemande ne procède pas comme le français, elle voit en creux là où le français voit en relief, elle décrit un geste, une forme où le français ne s'intéresse qu'au résultat, au sens de ce geste.
Georges-Arthur Goldschmidt, traducteur et préfacier de Bienvenue au conseil d'administration, de Peter Handke.