Se franciser, pour lui, c'était quitter les marécages du teutonisme pour la raison universelle.
André Gorz, Le traître.
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vendredi 16 novembre 2018
mardi 30 octobre 2018
Langue française (43)
Réponse à l'article du 29/10/2018 ["langue française" (42)] :
Mais une telle dichotomie ne relève - t - elle pas d'un rangement systématique et aléatoire? On pourrait dire, à l'inverse, que les Allemands sont moins morbides que les Français, puisqu'ils nomment Stilleben (vie tranquille, immobile) ce que nous appelons nature morte, et qu'on lit, sur les panneaux triangulaires d'alerte, danger de mort en français et Lebensgefahr (danger pour la vie) en allemand. Et que dire du mot tiroir qui, outre-Rhin, se dit poussoir (Schublade)? Expliquerait-il les invasions?
Mais une telle dichotomie ne relève - t - elle pas d'un rangement systématique et aléatoire? On pourrait dire, à l'inverse, que les Allemands sont moins morbides que les Français, puisqu'ils nomment Stilleben (vie tranquille, immobile) ce que nous appelons nature morte, et qu'on lit, sur les panneaux triangulaires d'alerte, danger de mort en français et Lebensgefahr (danger pour la vie) en allemand. Et que dire du mot tiroir qui, outre-Rhin, se dit poussoir (Schublade)? Expliquerait-il les invasions?
lundi 29 octobre 2018
Langue française (42)
Dès leur plus jeune âge les Allemands apprennent la vertu et les Français le vice. Comment dit-on, par exemple, en allemand, "j'ai envie de faire pipi"? Ich muss pipi machen : "je dois faire pipi". La tentation contre l'injonction, le subjectif contre l'objectif, le corps comme prolongement de l'âme contre le corps comme machine fonctionnelle. La perspective française est le plaisir promis par le besoin à satisfaire, l'horizon allemand est la nécessité catégorique d'un devoir à accomplir. La flatterie catholico-romaine du moi insiste sur le soulagement, quand la maîtrise luthéro-matérialiste de soi ne signale que le règlement d'une tâche.
[cf le prochain article :"langue française" (43)]
[cf le prochain article :"langue française" (43)]
vendredi 26 octobre 2018
Langue française (39)
Ces mots allemands, lorsqu'on en faisait des mots composés étaient sans surprise, ils jouaient cartes sur table et donnaient leur sens à pleines mains, là où les mots français le réservaient et permettaient à chacun d'en varier à sa guise les sous-entendus (mot qui n'existe pas en allemand) ou les acceptions.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
jeudi 25 octobre 2018
Langue française (38)
[Les mots français] ressemblaient à de vieilles personnes pleines d'expérience, "langueur", "promptitude", "orgueil" on les imaginait en habits de cour; "complaisance" ou "jalousie", "éclat" ou "opportunité" avaient chacun leur physionomie, leur allure et surtout on ne savait pas de quoi ils étaient faits, contrairement aux mots allemands dont tous les éléments étaient toujours reconnaissables, orgueil par exemple devenait Hochmut : esprit haut.
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
samedi 20 octobre 2018
Langue française (34)
J'étais tombé dans le français que je ne me souviens pas d'avoir un jour appris. Je me rappelle simplement l'effet que me firent certaines sonorités toujours à mi-chemin, à mi-ton de celles de l'allemand ou de l'italien, toutes deux inversement sonores, l'allemand par grands éclats, l'italien par chants successifs qu'on pouvait moduler à sa guise. Je me souviens simplement d'avoir su le français, d'emblée, fin 39, mais c'est par le XVIIe siècle que j'en acquis un peu le sens puisque lui seul et quelques auteurs du XVIIIe étaient autorisés dans cet étrange internat.*
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
* En Haute-Savoie (l'auteur ayant fui l'Allemagne nazie).
Georges-Arthur Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 39.
* En Haute-Savoie (l'auteur ayant fui l'Allemagne nazie).
vendredi 19 octobre 2018
Langue française (33)
Confusément, je le sentais, seul le français [...] me permettrait quelque jour de me rendre, sauvée, ma langue maternelle pourtant à jamais dégradée, déformée, meurtrie par le nazisme né en son sein, et de pointer par ailleurs de plus en plus finement, de plus en plus près, ce qui toujours échappe, comme si le français était la langue qui s'en approchait le plus.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38-39.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38-39.
mercredi 17 octobre 2018
Langue française (32)
Le français, c'était un drap de velours bleu sombre brodé de fils d'or qu'on jetait sur ce qu'on ne voulait pas voir, là où l'allemand n'hésite jamais à montrer le pire.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38.
G.-A. Goldschmidt, Le poing dans la bouche, p. 38.
samedi 6 octobre 2018
Langue française (29)
Le français avait quelque chose de mondain, de meublé, une langue pour tapisseries, médaillons et bergères. C'était une langue qui filait en bouche, qu'on pouvait prendre au coin des lèvres et qui passait toute seule. Elle n'avait pas les rondeurs ni les soulèvements de l'allemand ni ses douceurs ni ses duretés. L'allemand, ma langue maternelle, me prenait le corps autrement que le français, lequel était au-dessus, calé sur l'assise de l'allemand que, par honte de mes origines, je croyais pouvoir oublier.
G.-A.Goldschmidt, Le poing dans la bouche.
G.-A.Goldschmidt, Le poing dans la bouche.
jeudi 4 octobre 2018
Langue française (27)
Le grand problème allemand, c'est l'inattention au style, Nietzsche et Heine mis à part, qui sont les grands génies de la langue allemande.
[ ...]
Ainsi la langue française a été façonnée à Versailles, par quelques personnes, alors qu'en Allemagne c'est Luther qui a façonné la langue, en fabriquant le vocabulaire religieux, qui l'a fixée. Ainsi de cet exemple que j'adore donner : depuis Luther, le désespoir se dit "le comble du doute", en allemand, avouez que ce n'est pas mal en matière de propagande religieuse.
[ ...]
Ainsi la langue française a été façonnée à Versailles, par quelques personnes, alors qu'en Allemagne c'est Luther qui a façonné la langue, en fabriquant le vocabulaire religieux, qui l'a fixée. Ainsi de cet exemple que j'adore donner : depuis Luther, le désespoir se dit "le comble du doute", en allemand, avouez que ce n'est pas mal en matière de propagande religieuse.
mercredi 3 octobre 2018
Langue française (26)
... Le français possède l'expression du trouble. La princesse de Clèves, par exemple : rien n'est dit, mais c'est l'un des textes les plus érotiques qui soient. Le côté réaliste de l'allemand empêche la distance nécessaire. L'allemand n'a pas de littérature érotique. Il n'y a qu'une littérature pornographique. L'allemand décrit le réel au point de prendre sa description pour le réel, ce qui peut devenir terrifiant. Il existe d'ailleurs une thèse fameuse de Leibniz, Pensées sans préjugé pour l'amélioration de la langue allemande, écrite en allemand, curieusement, pour dire que l'allemand est une langue admirable pour les charpentiers, les tailleurs de pierre, mais qu'elle est inapte à exprimer le politique. C'est une langue inscrite dans le matériau, ce qui peut d'ailleurs être très beau, et permet de tout dire. Je donne l'exemple du mot cadenas, qui se dit "une serrure qu'on accroche devant". Tout est comme ça.
G.-A. Goldschmidt, Quinz. litt. 871 du 16/02/04
G.-A. Goldschmidt, Quinz. litt. 871 du 16/02/04
dimanche 30 septembre 2018
Langue française (24)
... langue souple et rassurante, la langue de la connivence, qui permet d'échanger bien des choses non dites cachées sous les mots, [ ...] dont l'une des propriétés est peut-être de tout de suite se situer dans l'intimité corporelle de celui qui parle.
[ ...] La brièveté, la précision du style, cette façon d'aller droit au but, c'était comme une antimatière de tout ce que je connaissais, cela allait vite, c'était incisif et fluide. C'est par le français que je fis connaissance avec la concentration, qu'on confond si volontiers avec l'abstraction.
[ ... ] Les mots français, je ne sais pourquoi, m'impressionnaient, ils ressemblaient à ces personnes d'un certain âge qui ont une longue expérience et ont vu beaucoup de gens et bien des choses. Ils avaient tous un côté adulte et bien élevé que les mots allemands n'avaient jamais, plus immédiats, plus charpentés et plus enfantins à la fois. Les mots allemands, c'était les choses elles-mêmes, en français elles étaient enveloppées d'une sorte de noli me tangere, de mise à distance.
G.- A. Goldschmidt, La traversée des fleuves, autobiographie.
[ ...] La brièveté, la précision du style, cette façon d'aller droit au but, c'était comme une antimatière de tout ce que je connaissais, cela allait vite, c'était incisif et fluide. C'est par le français que je fis connaissance avec la concentration, qu'on confond si volontiers avec l'abstraction.
[ ... ] Les mots français, je ne sais pourquoi, m'impressionnaient, ils ressemblaient à ces personnes d'un certain âge qui ont une longue expérience et ont vu beaucoup de gens et bien des choses. Ils avaient tous un côté adulte et bien élevé que les mots allemands n'avaient jamais, plus immédiats, plus charpentés et plus enfantins à la fois. Les mots allemands, c'était les choses elles-mêmes, en français elles étaient enveloppées d'une sorte de noli me tangere, de mise à distance.
G.- A. Goldschmidt, La traversée des fleuves, autobiographie.
samedi 29 septembre 2018
Langue française (23)
[Souvent l'allemand] ne tient pas un discours à la française qui se referme sur lui-même en vue d'une conclusion; c'est un flux qui progresse sans retour, ce qui empêche de l'appréhender à travers quelques notions claires.
Jacques Lonchampt, in Le Monde du 01/01/83 (à propos d'Adorno).
Jacques Lonchampt, in Le Monde du 01/01/83 (à propos d'Adorno).
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